– Le véhicule du couple de Rs 2,8 M payé Cash et ses activités au cœur de l’enquête de l’ADSU
L’enquête entourant la spectaculaire saisie de 157,5 kilos de cannabis à La-Réunion, le 26 juillet dernier, prend une nouvelle tournure. L’ex-Junior Minister et députée Véronique Leu-Govind devrait être entendue dès ce jeudi par les enquêteurs de l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) de Rose-Hill, littéralement l’heure de la confrontation formelle. Cette audition s’inscrit dans le prolongement de l’arrestation et de la détention de son époux, Gulshan Govind, soupçonné d’être impliqué dans cette affaire de trafic de drogue.
Les enquêteurs souhaitent obtenir des explications, de sa part, sur plusieurs aspects de cette investigation. Ils entendent notamment établir la nature de la relation entre la parlementaire et son époux, ainsi que les raisons de leurs déplacements à La-Réunion des derniers mois. Véronique Leu-Govind devra également préciser ce qu’elle savait des activités de son époux et dire si elle avait connaissance de ses liens présumés avec des individus déjà connus des services de police dans le cadre d’enquêtes criminelles.
Un autre volet majeur de l’enquête concerne un véhicule GWM, actuellement placé sous séquestre au quartier général de la police de Rose-Hill. Bien qu’enregistré au nom de la députée, ce véhicule était utilisé par Gulshan Govind. Les enquêteurs soupçonnent qu’il a effectué plusieurs déplacements jugés suspects entre le 26 et le 28 juillet. Les éléments recueillis indiquent que le skipper Ravindra Chimajee ainsi qu’un troisième individu se trouvaient à bord lors de certains trajets. Des traces de stupéfiants auraient été détectées à l’intérieur du véhicule.
D’après les renseignements disponibles, ce véhicule, acquis l’année dernière pour une somme dépassant les deux millions de roupies et dont l’acquisition a été payée Cash, fait également l’objet d’un examen financier approfondi. La Financial Crimes Commission (FCC) s’intéresse aux modalités de son acquisition ainsi qu’aux avoirs du couple.
Les enquêteurs de l’ADSU entendent aussi obtenir des explications quant à la découverte de quatre plants de cannabis et d’une fiole de méthadone lors de la perquisition menée vendredi dernier au domicile de Gulshan Govind, à Chamarel. Ils cherchent notamment à déterminer si la parlementaire était au courant du mode de vie de son époux et de sa consommation présumée de drogue.
Les enquêteurs n’écartent pas la possibilité de solliciter prochainement l’autorisation d’un juge siégeant en référé afin d’examiner le téléphone portable de Véronique Leu-Govind. Cette démarche n’est toutefois pas envisagée dans l’immédiat. Des renseignements en possession de l’ADSU pourraient néanmoins justifier une telle mesure à un stade ultérieur de l’enquête.
Parallèlement, le skipper Ravindra Chimajee a été transféré au centre de détention d’Alcatraz après avoir obtenu son congé de la clinique. Une perquisition effectuée, mercredi, à son domicile de Case-Noyale n’a permis la découverte d’aucun élément compromettant. Son interrogatoire sur son implication présumée dans ce trafic de drogue entre Maurice et La Réunion n’a pas encore commencé.
Les enquêteurs chercheront principalement à établir si son hors-bord se trouvait bien à Bras-Panon le 26 juillet. D’après les informations transmises par les autorités réunionnaises à la police mauricienne, deux individus se trouvaient à bord de cette embarcation lorsque les gendarmes sont intervenus. Les deux occupants seraient parvenus à prendre la fuite par l’embouchure. Les circonstances exactes de cet épisode, tout comme le rôle présumé de Ravindra Chimajee, restent encore à être élucidés dans une enquête comportant de nouvelles zones d’ombre.
Toutefois, à La-Réunion, le cas de Ravindra Chimajee intéresse plus d’un. Connu sous le surnom de « Kris », il n’est pas inconnu des services de justice réunionnais. En 2008, Ravindra Chimajee, son frère Yanesh et Thierry Vivian Aza avaient été interpellés à Roche-Plate par la gendarmerie de l’île sœur. Les trois hommes, retrouvés avec près de 21 000 euros dans leur tente, avaient expliqué aux enquêteurs avoir tenté de rejoindre les côtes africaines puis Madagascar avant d’échouer à La-Réunion et de se réfugier dans le cirque de Mafate.
À Maurice, les frères Chimajee devaient alors répondre de plusieurs braquages commis dans des établissements hôteliers de la côte Ouest. Profitant d’une liberté conditionnelle après une première arrestation en 2006, ils avaient également été mis en cause dans le braquage de la poste de Case-Royale. Leur fuite par la mer avait finalement conduit à leur interpellation à La-Réunion, avant leur renvoi vers Maurice après le rejet de leur demande d’asile.
Dix-huit ans plus tard, le nom de Ravindra Chimajee réapparaît dans une affaire qui trouve un écho particulier à La-Réunion : celle de la saisie de 157,5 kilos de zamal à l’embouchure de la Rivière du Mât. Une opération qui a permis l’interpellation de deux suspects, tandis qu’un speed boat a pris la fuite en mer.
Affaire à suivre…


