ÉCLAIRAGE | CRISE DE L’EAU — Maurice face à la pénurie

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Des réserves qui s’épuisent, des forages pour tenir

Avec un taux de remplissage global tombé à 49,6% au 5 novembre et Mare-aux-Vacoas à 33%, la crise de l’eau continue de peser sur l’approvisionnement du pays. En moins d’un mois, les principaux réservoirs ont perdu plus de 7 points de leur capacité de stockage. Le gouvernement multiplie les mesures d’urgence par la mobilisation de nouveaux forages, l’installation d’unités de filtration et le renforcement de la distribution. Mais derrière ces interventions se pose une question essentielle : combien de temps ces ressources supplémentaires permettront-elles de compenser le déficit pluviométrique ?

Des réserves en recul constant

Les chiffres présentés dans notre infographie illustrent l’ampleur de la dégradation. Le 8 octobre, les principaux réservoirs affichaient encore un taux de remplissage moyen de 57,1%. Au 4 novembre, celui-ci avait chuté à 49,9%, avant de reculer à 49,6% le lendemain, selon les données communiquées lors du Conseil des ministres du 6 novembre.

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La comparaison avec l’année précédente est particulièrement révélatrice. Au 3 novembre 2026, les sept principaux réservoirs contenaient 46,15 millions de mètres cubes d’eau, contre 69,56 millions à la même période en 2025. Cela représente un déficit de 23,41 millions de mètres cubes, soit une baisse d’environ 34% du volume disponible en un an.

La situation est encore plus préoccupante à Mare-aux-Vacoas, dont le niveau est passé de 76,1% au 3 novembre 2025 à 33,3% un an plus tard. Cet important réservoir, qui contribue à l’approvisionnement d’une partie des Plaines-Wilhems, constitue aujourd’hui l’un des principaux points de vulnérabilité du réseau.

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La Ferme, avec 32,6%, connaît également un niveau très bas. La Nicolière affichait 43,7% au 5 novembre, tandis que Bagatelle se situait à 53,6% au 3 novembre. Ces disparités montrent que les difficultés ne se présentent pas avec la même intensité dans toutes les régions.

Les pluies enfin, mais insuffisantes

Les précipitations enregistrées entre les 6 et 7 novembre apportent un élément nouveau. Mare-aux-Vacoas a reçu 26,9 millimètres de pluie et Grand-Bassin 50,9 millimètres.

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Ces quantités constituent un apport bienvenu, mais ne permettent pas encore de conclure à une remontée significative des réserves. Le remplissage dépend non seulement de l’intensité des pluies, mais aussi de leur répartition géographique, du ruissellement vers les bassins de retenue et des prélèvements effectués quotidiennement pour l’approvisionnement.

La priorité demeure donc la préservation des ressources disponibles, dans l’attente de précipitations suffisamment régulières pour reconstituer les stocks.

Face à la diminution des réserves, les autorités ont accéléré la mobilisation des ressources souterraines. Selon le bilan gouvernemental du 30 octobre, huit forages supplémentaires avaient été mis en service, pour un apport annoncé d’environ 26 000 mètres cubes par jour dans la zone alimentée par Mare-aux-Vacoas.

Ce volume supplémentaire doit contribuer à soulager les installations existantes et à réduire les déficits d’approvisionnement dans les secteurs concernés. Il reste néanmoins nécessaire de connaître les volumes effectivement produits et distribués pour mesurer l’impact réel de ces interventions.

393 forages privés contre 29 publics

Le gouvernement a également annoncé l’installation de six unités de filtration conteneurisées, dont la mise en service était prévue le 5 novembre. À ces équipements s’ajoutent des transferts d’eau vers la station de traitement de La Marie, la mise à disposition de réservoirs collectifs d’une capacité de 30 000 litres et le renforcement des livraisons par camions-citernes.

Ces dispositions constituent des réponses d’urgence. Leur efficacité dépendra du fonctionnement effectif des équipements, de la disponibilité des ressources et de leur capacité à améliorer durablement la distribution dans les localités affectées.

La question des ressources souterraines prend une dimension particulière à la lumière des chiffres attribués à une réponse parlementaire du ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, à la députée Joanna Bérenger, le 20 octobre.

Selon ces données de Scoop.mu, 393 forages seraient exploités par des opérateurs privés, contre 29 par les organismes publics, notamment la Central Water Authority et la Water Resources Commission.

Cette répartition représente environ 93% des forages recensés pour le secteur privé et 7% pour les organismes publics. Mais elle doit être interprétée avec précaution : le nombre de forages ne correspond pas nécessairement aux volumes d’eau extraits.

Un forage peut produire des quantités très différentes selon la capacité de la nappe, le débit autorisé, les équipements installés et les besoins de l’utilisateur. En l’absence de données précises sur les prélèvements effectifs, il serait donc inexact d’affirmer que le secteur privé utilise 93% des ressources souterraines.

Ces chiffres soulèvent néanmoins une question importante pour la gestion des pénuries : dans quelle mesure certains forages privés pourraient-ils contribuer davantage à l’approvisionnement général, sous réserve des contraintes techniques, sanitaires et réglementaires ?

La publication d’un inventaire détaillé des forages, de leurs capacités et de leurs prélèvements permettrait de mieux évaluer les ressources mobilisables.

L’urgence aujourd’hui, la sécurité de l’approvisionnement demain

À la date du 7 novembre, les chiffres traduisent une situation de tension persistante. La diminution des réserves, particulièrement à Mare-aux-Vacoas, oblige les autorités à multiplier les solutions complémentaires pour maintenir l’approvisionnement.

Les nouveaux forages, les équipements de filtration et les transferts d’eau peuvent apporter un soulagement. Ils ne remplacent toutefois ni la reconstitution des réserves par les pluies ni les investissements nécessaires dans la production, le stockage, le traitement et la distribution.

Le véritable enjeu dépasse désormais la seule gestion de l’urgence. Il consiste à déterminer si les moyens actuellement mobilisés permettront de sécuriser suffisamment l’approvisionnement en attendant une amélioration durable de la situation hydrologique.

Et, pour cela, une information régulière sur les réserves, les volumes supplémentaires réellement produits et les résultats obtenus dans les régions concernées demeure indispensable.

 

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