Squatters de Ti-Rodrig —  La lumière au bout du tunnel… ?

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 Un processus enclenché par le gouvernement en vue de régulariser la situation des occupants illégaux

Serait-ce la lumière au bout du tunnel pour les squatters – dépourvus d’accès aux services de base comme l’eau, l’électricité, les sanitaires et la collecte des déchets – vivant depuis près de 10 ans au sein du Crown Land Paul et Virginie, plus connu comme Ti-Rodrig, à Cité La Cure ? Oui, si on se fie au processus enclenché, vendredi, par le gouvernement en vue de régulariser la situation des occupants illégaux de terrains privés où sont nichés une centaine de  baraques faites de tôles alignées jusqu’au flanc d’une montagne. Cette initiative sera mise en œuvre en plusieurs étapes, sous la responsabilité du ministère du Logement et des Terres, en collaboration avec le ministère de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale.

En 2021 et en 2025, Week-End avait sillonné les ruelles serpentant entre les maisons rafistolées, en vue de deux reportages. La réalité est saisissante, voire insoutenable au cœur de cet endroit isolé qui s’étend sur une superficie de presque 100,000 m2 : une frange de la capitale, indigente et exclue, vivant en marge de la société.

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Comme son nom l’indique, cet endroit est peuplé majoritairement de familles originaires du 10e  district qui soutiennent avoir tout plaqué, il y a une dizaine d’années, dans l’espoir que l’herbe serait plus verte à Maurice. Bien mal leur en a pris car ils ont vite déchanté en constatant le décalage entre les réalités mauriciennes et rodriguaises.

Des parents désœuvrés

Des carcasses de voitures carbonisées ou réduites en pièces détachées marquent l’entrée du bidonville. Des enfants en bas âge errent, pieds nus, au milieu de l’allée en terre recouverte de boue et de flaques d’eau malodorante. Les conditions d’hygiène et de salubrité sont épouvantables à Ti Rodrig. Au gré des rencontres, l’on a constaté que la plupart des logements sont privés d’assainissement et de latrines. En situation de grande précarité, les riverains sont contraints à survivre dans des lieux inadéquats et indignes sans accès à l’eau ou à l’électricité, avec des conséquences néfastes pour leur santé.

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On découvre la misère au milieu des allées en terre non asphaltées recouvertes de boue et de flaques d’eau malodorante qui serpentent entre les cabanes. Quand il pleut, arpenter ces ruelles constitue un parcours du combattant pour les habitants, pour les plus jeunes, notamment, devant, tous les matins, se frayer un chemin avec prudence, dans l’eau trouble, sale et boueuse pour aller à l’école.

Le chômage est omniprésent dans le bidonville. Quant à ceux qui ont la chance d’avoir un emploi, leur salaire est le plus souvent dérisoire. Désœuvrés, des parents vivent au jour le jour, souvent de débrouille et de petits boulots, dont la récupération de métaux et de vye feray. Il y a l’angoisse de se faire éjecter qui pèse lourd dans la balance. Les ordres d’éviction se sont, en effet, multipliés au cours de ces dix dernières années. Leurs préoccupations quotidiennes : voir ces menaces mises à exécution par les propriétaires du terrain sur lequel une centaine de maisons en tôles ont poussé sans discontinuer.

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Mais ces familles confrontées à la face cachée de l’exclusion ont repris espoir en prenant connaissance des dernières délibérations du Conseil des ministres faisant état d’une régularisation de leur situation… Dans un premier temps, des enquêtes sociales seront menées auprès des familles concernées par le ministère de l’Intégration sociale et la National Empowerment Foundation (NEF). Parallèlement, le ministère du Logement et des terres procédera à une étude administrative en vue d’élaborer un projet de morcellement avec aménagement des infrastructures et services nécessaires. Le processus comprendra également des démarches dans le cadre du Land Acquisition Framework, mécanisme d’acquisition foncière.

ANDY SERVIABLE


Doris Félicité (travailleuse sociale) : « On verra si les actes suivent les paroles »

 La pauvreté gangrénant Ti Rodrig frappe d’abord les femmes, les enfants, les moins scolarisés, mais surtout les familles à parent unique dont la responsabilité, on le sait, est assumée en majorité par des femmes. La travailleuse sociale Doris Félicité maintient, en dépit des obstacles, sa détermination à œuvrer pour le quartier où sont nés ses trois enfants, car derrière le décor peu engageant de Paul & Virginie, elle perçoit des femmes et des jeunes pétris de talents qui veulent s’en sortir. Elle dit avoir pris note « avec soulagement » du processus enclenché, vendredi, par le gouvernement en vue de régulariser les squatters, même si, à l’instar de la plupart des résidents de Ti-Rodrig, elle attend que les actes suivent les paroles.

Il y a 10 ans, Doris Félicité s’est emparée des problèmes auxquels sont confrontées les femmes et les jeunes filles du quartier : logement insalubre, mauvaise alimentation, violence, alcoolisme, maltraitance et le silence autour des grossesses précoces. Contre vents et marées, elle s’entête à alerter les politiques sur la façon dont les squatters de La Cure sont représentés sur la toile ou les pistes proposées par les pouvoirs publics jugées insuffisantes. Originaire de Rodrigues, Doris Félicité a pris ses quartiers en 2015 avec son époux. Se consacrer à servir son quartier et atténuer une partie de la pauvreté qui l’entoure.

Le déclic ? « Il y avait urgence à agir. Lorsque je suis venue à Maurice, je me suis rendue compte que la détresse et le mal-être auxquels étaient confrontés les femmes et les enfants du Crown Land avaient empiré. Enfants et parents se retrouvent ensemble 24 heures sur 24 dans un logement souvent exigu, sans espace pour s’isoler et pour terrain de jeux un quartier insécurisant et généralement démuni d’infrastructures ludiques et récréatives. J’ai été choquée de constater que de plus en plus de jeunes filles tombaient enceintes à l’adolescence, dont le cas d’une fille de 12 ans qui m’a fendu le cœur. Elles courent le risque de s’exposer à des sanctions sociales importantes, qui ont pour conséquences l’isolement, la perte d’estime de soi et la dépression », confie Doris Félicité.

Comment les résidents ont-ils accueilli la décision du gouvernement. « Être régularisés et vivre dans un lieu décent. Les riverains ne demandaient que ça, pas qu’on décroche la lune pour eux. Il y a un sentiment de joie, mais qui se mêle à la méfiance. La peur de se faire mener en bateau. Je dois quand même reconnaître que c’est un premier pas dans la bonne direction. En collaboration avec la Citizen Support Unit (CSU), je mène un combat sans relache et on a déjà envoyé une lettre au Premier ministre dans laquelle on a énuméré une serie de doléances. On espère qu’il l’a lue », dit-elle.

 


En dépit des obstacles, Doris Félicité maintient sa détermination à œuvrer pour le quartier

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