Le commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, aux Relations interinstitutionnelles et à la Transparence, Maroš Šefčovič, fera le déplacement à cette occasion
Maurice accueillera, mercredi prochain, un rendez-vous diplomatique et économique majeur par l’Union européenne. En effet, après plus de six années de négociations, l’Union européenne et quatre États de la région Afrique orientale et australe, en l’occurrence les Comores, Maurice, Madagascar et les Seychelles, concluront officiellement les négociations visant à approfondir leur Accord de partenariat économique (APE). L’événement est déjà présenté par les instances européennes comme un « moment historique », tant par son importance stratégique que par la portée des engagements qui devraient être scellés entre les parties concernées.
Pour marquer cette étape décisive, le commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, aux Relations interinstitutionnelles et à la Transparence, Maroš Šefčovič, effectuera une visite officielle à Maurice le 10 juin. Il participera à la cérémonie de clôture des négociations aux côtés des ministres en charge du Commerce des Comores, de Maurice, de Madagascar et des Seychelles. Cette rencontre réunira également des représentants de la Commission européenne, de la Délégation de l’Union européenne à Madagascar et aux Comores ainsi que des autorités gouvernementales des pays concernés. Maurice sera notamment représentée par le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful.
La conclusion de ces discussions marque l’aboutissement d’un processus lancé officiellement en octobre 2019 dans le cadre de ce que les partenaires appellent le Deepening Process, soit l’approfondissement de l’Accord de partenariat économique existant. L’APE intérimaire actuellement en vigueur lie déjà l’Union européenne à Maurice, Madagascar, les Seychelles, les Comores et le Zimbabwe. Signé en 2009 par Maurice, Madagascar, les Seychelles et le Zimbabwe, il est appliqué provisoirement depuis mai 2012. Les Comores ont rejoint l’accord en 2019 après sa ratification.
Cependant, les parties avaient exprimé le souhait d’aller beaucoup plus loin que le simple commerce des marchandises. C’est ainsi qu’a été lancée une nouvelle phase de négociations destinée à moderniser l’accord et à l’adapter aux réalités économiques contemporaines. Le futur accord approfondi devrait couvrir treize domaines stratégiques.
Parmi les principaux chapitres figurent le commerce des services, les investissements, les règles d’origine, la facilitation des échanges, la coopération douanière, l’agriculture, les mesures sanitaires et phytosanitaires, les barrières techniques au commerce, les droits de propriété intellectuelle, la politique de concurrence, le développement durable, la transparence dans les marchés publics et les mécanismes de règlement des différends.
L’objectif affiché est de créer un cadre économique plus moderne, plus prévisible et plus attractif pour les investisseurs tout en renforçant l’intégration régionale.
L’Accord de partenariat économique en vigueur offre déjà aux exportateurs mauriciens un accès en franchise de droits et sans quotas au marché européen pour l’ensemble des produits exportés. Des secteurs clés de l’économie, notamment le sucre, l’habillement et le thon transformé, bénéficient directement de cet accès privilégié au marché européen.
De son côté, Maurice a progressivement libéralisé environ 96 % de ses lignes tarifaires tout en protégeant certains secteurs jugés sensibles tels que les produits agricoles, les boissons, certains produits chimiques, les articles en cuir, le fer et l’acier ou encore les produits électroniques grand public.
Le secteur de la pêche constitue également un pilier important de l’accord. Une dérogation spécifique autorise notamment Maurice à importer du thon non-originaire, à le transformer localement puis à l’exporter vers l’Union européenne dans des conditions préférentielles. Chaque année, une allocation de 8 000 tonnes de thon en conserve et de 2 000 tonnes de longes de thon est ainsi partagée entre Maurice, les Seychelles et Madagascar.
Au-delà des aspects commerciaux, cette nouvelle étape reflète l’importance croissante accordée par Bruxelles à la région de l’océan Indien occidental. Dans un contexte marqué par la diversification des chaînes d’approvisionnement mondiales, les tensions géopolitiques et la recherche de nouveaux partenaires économiques fiables, l’Union européenne entend renforcer sa présence dans cette partie stratégique du monde.
Pour les États insulaires de la région, dont Maurice, l’accord représente une opportunité de consolider leurs exportations, d’attirer davantage d’investissements européens et de renforcer leur intégration dans les chaînes de valeur internationales.
La cérémonie de mercredi à Port-Louis, à une dizaine de jours de la présentation du budget, devrait ainsi constituer l’un des événements diplomatiques et économiques majeurs de l’année pour Maurice, qui se retrouvera au centre d’un partenariat commercial reliant l’Europe à plusieurs économies clés de l’Afrique orientale et australe.
Après plus de six ans de discussions techniques et politiques, les négociateurs s’apprêtent donc à franchir une étape que l’Union européenne elle-même qualifie d’historique, ouvrant la voie à une nouvelle génération de relations économiques entre Bruxelles et ses partenaires de l’océan Indien.

