Évaluer les coûts liés au Gender-Based Violence (GBV). Tel est l’objectif d’une étude commanditée par le Kolektif Drwa Imin (KDI) et menée par quatre chercheuses, spécialistes en matière économique. Il est ainsi estimé que les coûts directs et indirects de la violence sur la femme s’élèvent à plus de Rs 8 millions pour un échantillon de 394 personnes. 227 personnes de la communauté LGBTQI+ ont aussi été interviewées et le coût direct de la violence est chiffré à plus de Rs 6 millions. La violence verbale, psychologique et émotionnelle demeure la plus courante au sein des deux groupes.
Gender-Based Violence. Its economic impact on the economic cost in Mauritius : a victim’s perspective. Tel est le sujet de l’étude menée par quatre chercheuses, Dr Soujata Rughoobur-Seetah, Dr Sanju Narraidoo, Yarti Deonaran (doctorante) et Loga Devi Balla Soopramanien. Toutes ont des spécialisations dans le secteur économique. L’étude a été financée par Kaleidoscope Trust du Commonwealth.
Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, porte-parole du KDI, qui regroupe plusieurs Ong, soutient qu’une telle étude était nécessaire, « car cela permet d’avoir des données pour un travail solide et sérieux sur le terrain ». Elle indique que la tâche n’a pas toujours été facile en raison d’un manque de données à certains niveaux. Elle rappelle également que l’objectif du KDI est la promotion de l’égalité et d’œuvrer pour l’inclusion.
L’étude a été menée sur un échantillon de 620 femmes et 227 personnes de la communauté LGBTQI+. Une première analyse démontre que la forme de violence la plus courante chez les deux groupes est la violence verbale, psychologique et émotionnelle. Les coûts associés sont en termes de dépenses personnelles, médicales, légales. Cela mène également à la déscolarisation et à la perte d’emploi.
Parmi les coûts directs identifiés de la violence domestique sur les victimes, il y a ceux liés au transport et aux démarches auprès des institutions. Le loyer, en cas de séparation, l’achat de nouveaux matériels, changer les enfants d’école, les frais légaux, administratifs et médicaux, incluant les consultations chez le psy pour la victime et les enfants, sont les autres facteurs ayant un impact direct. Une estimation de ces coûts personnels pour 394 victimes, sur une période d’un an, s’élève à Rs 5 941 668. Ce qui fait une moyenne de Rs 15 000 par victime.
À cela, il faut ajouter les frais légaux et administratifs, qui s’élèvent à Rs 809 350, soit une moyenne de Rs 2 000 par victime par an. Il a aussi été évalué qu’une victime dépense Rs 2 240 pour des frais médicaux sur 12 mois. Les dépenses concernent la consultation chez le médecin et le psychologue, les médicaments et parfois, le recours à l’ambulance.
Le coût de la violence au travail a aussi été évalué. Les consultations pour de telles violences coûtent Rs 24 000 sur une année. Il faudra y ajouter Rs 5 800 pour les médicaments et Rs 46 300 pour les consultations chez le psychologue. Le coût de la violence à l’école, sur les enfants et les adolescents, est évalué à Rs 882 953.
La situation diffère toutefois, selon les victimes, concernant les dépenses personnelles. Des 394 interviewées, une n’a fait aucune dépense personnelle liée à la situation et une autre a dépensé Rs 200 000 en un an. Pour les frais médicaux, 392 ont dépensé entre Rs 0 et Rs 50 000. Une situation qui s’explique par le fait que certaines n’ont pas cherché d’aide ou sont parties à l’hôpital public.
De même pour les frais légaux où 353 victimes n’ont rien dépensé, tandis que deux ont dépensé plus de Rs 200 000 en un an. La raison étant que la majorité ne rapporte pas les cas, ou n’ont pas recours au service payant.
En général, les coûts directs de la violence sont de Rs 7 633 971 et les coûts indirects Rs 597 760. Soit un coût total de Rs 8 231 731 sur un an. En se basant sur le Population Census et le fait qu’il y a 638 462 femmes à Maurice, il est estimé que si 1% de femmes étaient victimes de violence, cela coûterait Rs 133 400 006. Une étude de l’UNDP de 2017 mentionne que 18% des femmes sont victimes de violence. Ce qui fait un coût de Rs 2,4 milliards.
Concernant la communauté LGBTQI, 227 personnes, dont 119 femmes ont participé à l’étude. Parmi, 191 ont affirmé être victimes de Gender Based Violence, dont 103 dans les derniers 12 mois ; 184 ont été victimes de violences verbale, psychologique et émotionnelle ; 102 ont subi des violences physiques et 37 des violences sexuelles. Dix-sept ont aussi affirmé être victimes de violence économique et 58 ont témoigné souffrir de violence sur le lieu de travail.
La conséquence est que 36 ont dû garder le lit pendant au moins une semaine ; 75 ont dû prendre des congés maladie. Le coût direct de la violence sur les personnes LGBTQI+ concernées est évalué à Rs 5 932 250 sur un an. Cela inclut les dépenses personnelles, médicales et légales. Le coût indirect pour les 227 interviewés s’élève à Rs 6 261 898.
Le type de violence le plus courant chez les personnes LGBTQI+ est la violence verbale, psychologique et émotionnelle. Ce qui correspond à ce que vivent également les femmes. La conclusion est que la violence dans le couple, peu importe l’orientation sexuelle, est similaire.
L’étude révèle également que 53% des partenaires abusifs consomment de l’alcool régulièrement. 28% ont affirmé qu’ils se montrent violents lorsqu’ils sont saouls et 14% des partenaires violents sont également dépendants des drogues.

