Plus de 5 000 logements sociaux sont achevés, mais leur livraison reste suspendue aux travaux de raccordement aux réseaux d’eau potable et d’assainissement. Face aux interrogations grandissantes des demandeurs de logements, le ministre du Logement et des Terres, Shakeel Mohamed, a tenu à expliquer les raisons pour lesquelles plusieurs projets, pourtant terminés, ne peuvent toujours pas être livrés.
Shakeel Mohamed a retracé l’historique du programme de logements sociaux, indiquant qu’un projet de 8 000 logements avait été lancé sous le précédent gouvernement, dont environ 4 000 avaient été entamés. Il a affirmé qu’aujourd’hui, plus de 5 000 unités sont entièrement achevées. « Je ne peux pas remettre un logement s’il n’y a pas de raccordement à l’eau », a-t-il déclaré, précisant que près de Rs 5 milliards ont été engagées depuis son arrivée au ministère pour financer ces travaux de construction.
Le principal obstacle se situe désormais, selon le ministre, dans les raccordements aux réseaux de la Central Water Authority (CWA) et du système d’assainissement. Il a souligné que des avances de plusieurs centaines de millions de roupies avaient été versées à la CWA afin de réaliser ces travaux. Toutefois, il a soutenu que ces fonds auraient été utilisés à d’autres fins par la direction de l’organisme sous le précédent gouvernement.
« Sur les plans éthique et légal, la CWA n’avait pas le droit d’utiliser cet argent à d’autres fins. Un contrat avait été signé avec la National Social Living Development Ltd et les travaux auraient dû être réalisés », a-t-il déclaré. Il a également indiqué que plusieurs projets, bien qu’achevés, restent en attente en raison de l’absence de raccordement au réseau d’eaux usées. Shakeel Mohamed estime que la situation actuelle est également la conséquence de ce qu’il qualifie « de négligence du précédent gouvernement dans la gestion de ces infrastructures ». Il a précisé que ces allégations font actuellement l’objet d’une enquête de la Financial Crimes Commission (FCC).
Tout en reconnaissant la frustration des futurs bénéficiaires, Shakeel Mohamed a dit privilégier la recherche de solutions. « Je n’ai pas le temps d’attendre que les personnes responsables de ces retards soient traduites en justice. Ma priorité est de remettre ces logements aux familles », dit-il. Il a déclaré avoir multiplié les réunions avec les ministères concernés, la CWA ainsi que les autres organismes responsables des infrastructures. Des discussions ont également été engagées avec le ministère des Finances afin de trouver une solution permettant de financer les travaux nécessaires et de débloquer les raccordements.
Le ministre a également avancé que ces retards entraînent « des coûts supplémentaires importants pour l’État ». Selon lui, les autorités doivent assurer la sécurité des sites, financer leur entretien et remplacer les câbles ainsi que d’autres équipements dérobés ou endommagés avant même la livraison des habitations. D’ailleurs, Shakeel Mohamed a fait état de sa frustration face à cette situation. « Je suis attristé. En réalité, je suis en colère parce que je ne peux pas livrer ces logements à temps, malgré les efforts entrepris depuis mon arrivée au ministère pour accélérer les travaux. Les logements sont prêts. J’ai fait mon travail. S’il ne tenait qu’à nous, les livraisons auraient déjà commencé », a-t-il déclaré.
Ces difficultés ne relèvent pas directement du ministère du Logement et des Terres, ni de la National Social Living Development Ltd (NSLD) ou de la National Housing Development Co. Ltd (NHDC), mais des organismes responsables des infrastructures, notamment la CWA, le Central Electricity Board (CEB), Mauritius Telecom et les services d’assainissement, a expliqué Shakeel Mohamed. Il a indiqué que le ministre responsable de ces organismes ainsi que le ministère des Finances ont été sollicités afin que des solutions soient trouvées conformément aux engagements contractuels. « Si j’avais pu remettre ces logements l’année dernière, je l’aurais fait », a-t-il assuré.
À Riche-Terre, où les logements sont déjà achevés, le ministre a indiqué avoir demandé une solution temporaire à la CWA en attendant la réalisation des infrastructures permanentes. Il précise que les installations définitives nécessitent notamment la construction d’un réservoir et d’une station de pompage, des travaux qui demandent du temps. « J’ai demandé qu’une connexion provisoire soit installée afin que nous puissions commencer à remettre les logements aux bénéficiaires », a-t-il expliqué.
Sur le plan de l’attribution des logements, le ministre affirme avoir rompu avec les pratiques du passé. « Les logements ne sont plus attribués pour des raisons politiques. Les bénéficiaires sont sélectionnés selon des critères établis », a-t-il assuré, ajoutant que plusieurs familles attendaient un logement depuis plus de vingt ans.
Évoquant le dispositif Rent-to-Own, Shakeel Mohamed a rappelé que certains demandeurs attendaient depuis 20 à 25 ans, certains étant même devenus retraités sans avoir obtenu de logement. Il a indiqué que ce programme avait été mis en place afin de permettre aux ménages les plus modestes d’accéder à la propriété. « Aujourd’hui, de nombreuses familles peuvent obtenir un logement en versant seulement Rs 4 000 par mois. Des personnes qui n’auraient pas eu accès à un logement sous le précédent régime peuvent désormais en bénéficier. La pauvreté ne doit pas être un motif d’exclusion », a-t-il ajouté.
Le ministre a également révélé avoir, dans un cas particulier, financé personnellement le relogement temporaire d’une famille en attendant qu’une solution définitive soit trouvée. « J’ai payé de ma propre poche la location d’une maison pour une famille avec ses enfants. Je ne pouvais pas les laisser sans toit. Je l’ai fait par humanité », a-t-il confié.
Tout en reconnaissant la colère et l’impatience des demandeurs de logements, Shakeel Mohamed a réaffirmé sa volonté d’accélérer les livraisons. « Je comprends leur frustration. Mon objectif est que ces familles puissent intégrer leur logement le plus rapidement possible », a-t-il affirmé, insistant que les bénéficiaires ne devraient pas subir les conséquences des difficultés administratives et techniques qui retardent les projets.


