ALEXANDRE LARIDON, LL.M

À la veille des Jeux des îles, de la visite annoncée du Premier ministre indien Narendra Modi pour le lancement du Metro Express [enfin le tram], l’inauguration du nouveau siège de la Cour suprême et les élections générales, il est évident que l’honneur du gouvernement est en jeu, surtout avec la construction du complexe sportif de Côte d’Or au coût faramineux de plus de Rs 5 milliards. Une énorme pression est ainsi exercée sur les entreprises de construction, les contracteurs tout comme sur les ouvriers étrangers qui y travaillent. Depuis quelques mois, le millier d’ouvriers chinois et bangladais s’est donc relayé nuit et jour en vue de compléter les infrastructures. Un rythme de travail qui n’a pas pour autant été sans conséquence avec son lot de problèmes, dont la cohabitation difficile entre les Bangladais et les Chinois, l’insalubrité à proximité des dortoirs des ouvriers, la barrière linguistique, la différence de culture et le rythme de travail différent.

Sauf que la goutte d’eau qui semble avoir fait déborder le vase est l’aspect sécuritaire sur les chantiers. Trois morts et un blessé grave ! C’est le bilan officiel du nombre de drames que compte le chantier de Côte d’Or ouvert en mai 2018. Le dernier en date est survenu le 13 juin 2019 avec un ressortissant chinois qui est décédé lorsque des barres de fer qu’une grue manipulait lui sont tombées dessus alors qu’il posait des carreaux. Est-ce que la grue était en état ? La personne qui la manipulait avait-elle les compétences nécessaires et requises ? Pourquoi n’y a-t-il pas eu de « Stop Order » ? Sommes-nous là témoin d’un traitement préférentiel de la part des autorités aux compagnies étrangères ? Tant de questions qui restent malheureusement sans réponses. Et le comble, c’est que le défunt opérait illégalement puisque, selon le ministre du Travail, qui répondait à la PNQ du leader de l’opposition mercredi dernier, le « business visa » de Ding Hong Guang « which was issued on his arrival on 16 April 2019 by the Passport and Immigration Office, valid for 30 days, had expired on 15 May 2019 ». Un aveu qui devrait interloquer le citoyen lambda et soulever ainsi les questions suivantes : combien d’autres étrangers se retrouvent sur notre territoire avec un Business Visa et combien ont « overstayed » pour y travailler toujours, en d’autres mots illégalement ? Combien de Mauriciens ont été employés pour la main-d’œuvre considérant que le « policy on Margin of Preference allowed for use of local labour for the procurement of works is suspended in all invitations for Bids up to 30 June 2019 with immediate effect » selon une lettre du ministère des Finances adressée au « Heads of Public Bodies » l’année dernière ?

L’insécurité et le manque de rigueur ont été aussi décriés ailleurs récemment, par des résidents de La Butte suite à l’effondrement d’un barrage sur le chantier du Metro Express dû à un « glissement de terrain ». Selon un porte-parole de Larsen & Toubro, « une étude géotechnique a été menée avant le début des travaux et un monitoring se fait chaque semaine dans la région pour déceler s’il y a un problème quelconque ». Sauf que ce qui n’a pas été dévoilé, c’est que les barres en acier, qui protégeaient la région contre les glissements de terrain, ont été enlevées et remplacées par une autre matière. Selon un ancien lord-maire, c’est suite à un rapport et aux recommandations de la Japan International Cooperation Agency (JICA) en 1986 que ces barres en acier avaient été installées afin de pallier les problèmes. Rapport qui, rappelons-le, avait aussi mis en avant le fait qu’aucun travail ne devrait être effectué à cet endroit. Mais depuis que les travaux sur le site à La Butte ont démarré, il semble que l’inquiétude des habitants ait repris le dessus, craignant encore plus pour leur propre sécurité.

Quant à la sécurité même des habitants, il semble que celle des usagers de la route y est négligée également. En ce moment à Rose-Hill par exemple, d’importants travaux de fouille et de pose de tuyaux y sont effectués. Là encore, il y aurait un manque de « compliance » en ce qu’il s’agit des panneaux de signalisation afin d’informer les automobilistes de toutes déviations possibles. Selon certaines sources, le contracteur en question, qui aurait également eu un contrat de plus de Rs 100 millions en juillet 2015 pour connecter des tuyaux du Bagatelle Treatment Plant au réseau existant de distribution d’eau potable dans diverses régions de Plaines Wilhems, et dont les travaux buteraient en ce moment sur le « crossing » de l’autoroute M1 – faute d’expertise et de compétence bien que la tâche ardue était incluse dans le contrat – ne respecterait pas les clauses de « Reinstatement of Road surface (Asphalt) and Structures ». Celles-ci stipulent que « the contractor shall provide a temporary reinstatement immediately after backfilling […] so as not to cause inconvenience to vehicles and pedestrian traffic until the final reinstatement ». Il est également question du protocole de « traffic deviations, Traffic control and signs » qui impose que « the public traffic must be always reasonably and effectively accomodated on existing roads in the vicinity of the works [with] all signs necessary for the direction and control of traffic at prescribed points on the approaches to the Works ». À en juger des clichés pris sur place et la réaction des habitants, tel ne serait pas le cas. Imaginez maintenant combien de chantiers à travers l’île sont aussi concernés par ces manques de mesure de sécurité, de rigueur et de respect des normes !

Au final, devrait-on conclure que seul l’intérêt de ce gouvernement, pour sa survie, prime sur la vie, la sécurité et le quotidien des citoyens ? Posez-vous donc la question. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que votre cauchemar à Vandermeersch est loin d’être terminé.