Alors que l’on interroge l’identité et que l’on tente d’éclaircir un paysage complexe où le mélange des choses se multiplie, on évitera les rapprochements rapides des oeuvres pour mettre en scène ce qui se joue dans les nouveaux régimes esthétiques (réorganisation de la culture, ouverture sur d’autres cultures, d’autres esthétiques). Le Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, France, présente des oeuvres d’une soixantaine d’artistes sous le thème « Tous, des sang-mêlé ». Une exposition collective qui propose de revoir la notion d’identité culturelle en soulignant sa dimension fictionnelle.
On peut voir, avant tout, le travail de la Mauricienne Nirveda Alleck, sélectionnée parmi les artistes internationaux appelés à questionner la notion d’identité à travers leurs expériences artistiques. Le thème emblématique « Tous, des sang-mêlé » rappelle l’ouvrage de  l’historien français Lucien Febvre “Nous sommes des sang-mêlé : Manuel d’histoire de la civilisation française” (1950), ainsi que celui de Stuart Hall, père fondateur des Cultural Studies. Cette exposition souligne la dimension fictionnelle de la notion d’identité culturelle. Les commissaires Julie Crenn et Frank Lamy ont imaginé un parcours : « Nourri de propositions soulevant des questionnements et apportant des éclairages sur ce qui nous réunit et nous distingue, sur la transmission et le devenir, sur le pouvoir et la résistance, sur l’individualité et le collectif… »
Plus éthique qu’esthétique, la formule choisie vise les équilibres de la notion d’identité, ses différentes dimensions (culturelle, sexuelle, imaginaire, etc.) sa valeur communautaire réactivée dans le dialogue des artistes.  Une réorganisation de l’identité culturelle pensée comme un ensemble rhizomatique. « L’exposition met en espace des éléments d’un terrain du commun, où les altérités se déploient ensemble et en regard les unes des autres. Chaque visiteur peut s’approprier, à travers l’histoire, la sensibilité, la parole et l’engagement d’artistes de tous horizons, âges et nationalités, des éléments de réflexion pouvant alimenter sa propre acception de la notion « d’Identité ». (Julie Crenn et Frank Lamy).
Face au discours des commissaires, il y a une centaine d’oeuvres d’artistes issues de leurs expériences personnelles, des singularités expressives. Une sélection qui crée la surprise, un melting-pot qui brouille la visibilité réelle du thème choisi. Pour Nirveda Alleck, le discours généré par l’exposition  « Tous, des sang-mêlé » est pertinent dans la mesure où il engendre un dialogue transversal et permet à l’artiste de repenser son rôle social, comment ce dernier contribue à imaginer des références visuelles sur fond de mondialisation. Ce qui fait événement c’est le fragmenté, le disloqué : «Works of Yinka Shonibare, Steven Cohen, Mona Hatoum amongst others all point out to the extreme and different perspectives that the artists have taken, highlighting their approaches in their works to their relationship with the world and how all that ties down to identity issues and the lasting traces of colonialism. » Quant à son travail «Continuum Chagos», il s’inscrit dans un point de vue politique, social, concernant le traitement infligé à l’homme :« Continuum Chagos again finds its place within the ongoing discourse of identity, politics and resistance, and becomes through this exhibition once again of current discourse.  It points out for me to a gloomy but realist ‘constat’  that as long as one man is treated wrongly, the whole of humanity will continue to fail, and maybe points out the failing social and political structures of this world, as an afterthought. »