Les nouvelles technologies sont parfois décriées car elles sont considérées comme opposées à la protection de l’environnement. Mais elles permettent parfois de mieux comprendre la nature. Ainsi, l’aspect pédagogique de la nouvelle Birds of Mauritius App est indéniable. D’autres outils technologiques servent à mieux comprendre nos espèces endémiques ou le comportement de leurs prédateurs. Cela nous permet de mieux les protéger et de les éloigner un peu plus des risques d’extinction.

Vikash Tatayah : “L’ornithologie à tous les âges”

La nouvelle génération étant éminemment tournée vers les technologies informatiques, quoi de mieux que de l’intéresser à la conservation de nos espèces endémiques à travers celles-ci ? C’est en somme la raison principale qui a incité l’African Bird Club, en collaboration avec le photographe Jacques de Spéville et la Mauritian Wildlife Foundation, à lancer la Birds of Mauritius App. Il s’agit d’une application disponible gratuitement sur Google Play et App Store. Des informations sur les oiseaux de Maurice et de Rodrigues sont disponibles en une touche sur votre téléphone portable, votre tablette ou votre laptop.

L’application est très interactive et permet même d’ajouter des photos si toutefois vous arrivez à prendre un cliché d’un oiseau. On découvre plein d’informations intéressantes sur environ 120 espèces d’oiseaux qu’on peut observer à Maurice. Vous pourrez ainsi en savoir plus sur les oiseaux locaux : leurs noms scientifiques, leurs tailles, leur statut pour ceux qui sont sur la liste rouge de l’UICN, leur répartition à travers le pays, ainsi que les différences entre les mâles, les femelles et les juvéniles. L’application inclut les oiseaux endémiques, à l’instar du pigeon rose, du cateau vert ou du coq des bois; des espèces introduites telles que le konde (red-whiskered bulbul) et le cardinal de Madagascar; des oiseaux marins tels que le fouquet et le paille-en-queue, ainsi que des oiseaux migrateurs, à l’instar de l’euresian curlew et le ruddy turnstone.

L’application permet également de voir plusieurs photos de l’oiseau en question, qu’il soit en plein vol, posé sur une branche ou à la recherche de nourriture. L’autre facette intéressante de l’application est qu’elle comprend également le cri de l’oiseau. Ceci permet une meilleure identification d’une espèce dans un endroit précis, sans qu’on doive obligatoirement la voir.

Vikash Tatayah, de la Mauritian Wildlife Foundation, souligne que l’application “permet de développer l’ornithologie à tous les âges. C’est un outil d’éducation et de partage de connaissances. Elle permet d’avoir une meilleure connaissance et une meilleure appréciation de nos espèces endémiques et de valoriser les espaces où on peut les trouver, tels que les forêts ou les îlots”.

Cette application est appelée à se propager à travers toute l’Afrique, Maurice ayant été le premier pays africain à en bénéficier.

Good Nature Trap

Outre la destruction de leurs habitats respectifs, l’autre gros problème qui affecte la conservation de nos espèces d’animaux endémiques est la présence de leurs prédateurs. Ainsi, les oiseaux sont la proie de rats et de mangoustes, qui raffolent notamment de leurs œufs et de leurs oisillons.

Grâce au Good Nature Trap, les proies sont moins sujettes à la prédation. Il s’agit d’un piège qui permet de tuer jusqu’à 24 prédateurs avant qu’une intervention humaine soit nécessaire. Il se recharge tout seul, ce qui améliore nettement le rendement d’amélioration de prédateurs. “Depuis environ trois ans, nous avons installé 115 de ces pièges à Brise Fer, particulièrement pour la protection des merles cuisiniers. Les résultats sont probants. Il y a trois ans, les nids que nous observions ne comportaient plus d’oisillons, car ces derniers se faisaient régulièrement dévorer par les prédateurs. Depuis qu’on utilise le gadget, nous avons constaté une nette amélioration. Le fait qu’il se réamorce tout seul est un gros avantage. Si nous devions aller le recharger à chaque prédateur tué, cela nous prendrait un temps considérable pour arriver à un résultat intéressant”, précise Nicolas Zuel de la MWF.

Camera Trap

Contrairement à ce que peu laisser entendre son nom, le Camera Trap n’est pas utilisé pour tuer ou emprisonner des prédateurs, mais plutôt pour observer leur comportement. “Les Camera Traps peuvent être programmés pour prendre des photos ou enregistrer des vidéos à chaque fois qu’un animal passe dans leur champ. On peut ainsi savoir qui sont les prédateurs qui viennent près des nids d’oiseaux ou de l’habitat de geckos par exemple et savoir quel type de piège utiliser”, souligne Nicolas Zuel. Le Camera Trap peut également servir à mieux comprendre le comportement des oiseaux.

GPS Tag

Pour une meilleure compréhension du comportement et des habitudes de certains oiseaux, le pigeon rose en particulier, la MWF utilise le GPS Tag. Il s’agit d’un petit équipement muni d’un GPS et placé dans un sac qu’on accroche au dos de l’oiseau. “On l’utilise avec le pigeon rose surtout parce qu’il est suffisamment gros pour que ça ne le gêne pas. On peut programmer l’appareil pour prendre une position GPS pendant des intervalles précis. Cela nous permet de mieux connaître le comportement territorial de l’oiseau et savoir où il va. Si nous devons restaurer un habitat, il est mieux de le faire dans un endroit où les pigeons vont naturellement. C’est une façon de savoir quel type de forêt ils préfèrent”, précise Nicolas Zuel.

Mini Diary

Autre outil technologique utilisé depuis peu dans la conservation : le Mini Diary. C’est un gadget fixé à certains animaux, toujours avec l’objectif de mieux comprendre leur comportement. Accroché aux tortues particulièrement, il permet de surveiller le mouvement du reptile. “Le gadget est utile car il permet, entre autres, de savoir si la tortue a suffisamment à manger sur un territoire particulier, à travers son déplacement. On peut déduire par exemple que la tortue n’a pas suffisamment à manger s’il passe le plus clair de son temps à se déplacer. A contrario, s’il ne se déplace pas beaucoup, cela indique peut-être qu’il a suffisamment à manger et peut donc se permettre de se reposer plus longtemps. S’il y a des endroits où il ne va pas du tout sur le territoire, on peut aller explorer, essayer de comprendre pourquoi et prendre les mesures qui s’imposent.”

La MWF rejoint BirdLife International

La Mauritian Wildlife Foundation fait désormais partie de BirdLife International, plus grand réseau pour la protection de la nature. Cet organisme est une coalition globale d’ONG œuvrant pour la protection des oiseaux, de leur environnement et de la biodiversité mondiale. BirdLife International compte 121 partenaires à travers le monde, un par territoire. Une reconnaissance internationale qui souligne le travail de titan abattu par l’ONG pour la sauvegarde de nos espèces endémiques et indigènes.

Pour Vikash Tatayah de la MWF, il s’agit d’un grand pas en avant. “C’est un club select qui a des critères très stricts tels que la représentation des femmes dans une ONG, une bonne gestion des finances ainsi que la capacité à lever des fonds. Devenir membre de BirdLife International est un gage de la qualité de notre travail, une reconnaissance internationale. Cette accession nous donne accès à des chercheurs internationaux, des gestionnaires de projets et des pourvoyeurs de fonds. Ils n’ont pas un fonds mais ils peuvent nous mettre en contact avec des opportunités de financement. Ils peuvent aussi venir nous recommander si nous avons besoin de références. D’autre part, BirdLife International applique les dernières tendances au niveau de la conservation d’oiseaux et de leurs habitats, ainsi que les dernières pratiques. Cela nous oblige à être en ligne avec ces dernières tendances et pratiques dans le monde de la conservation.”