À bout. Sur le point de craquer. Les nerfs à vif. Désespérés. C’est en ces termes que quelques-uns des 5 500 membres de la Vacoas Multi Purpose Cooperative Society (VMPCS) ont confié au Mauricien le calvaire qu’ils endurent « depuis plus de quatre mois ». Ces hommes et femmes, pour la plupart des retraités, avouent « ne plus savoir quoi faire… Toutes nos économies sont gelées et, de surcroît, nous avons appris que le gouvernement est en faveur de la liquidation de la coopérative. Ce qui sous-entend que nous allons perdre entre 40 et 50 % de l’argent que nous avons investi dans cette structure. » Malgré les « nuits interminables et sans sommeil ; les nouvelles maladies qui émergent à cause du stress » et d’autres souffrances endurées, ces grands-pères et grands-mères proposent au gouvernement « de nous octroyer une ligne de crédit parce que nous sommes prêts à travailler et remettre la coopérative sur pied. »
Ils sont, pour la plupart d’entre eux, des retraités, qui ont « investi notre « lump sum » ainsi que toutes nos autres économies dans cette coopérative, et ce, depuis des années. » Certains admettent même qu’ils ont « retiré tous les sous que nous avions, que ce soit en termes de « lump sum », par exemple, ou encore d’héritage ou provenant de la vente d’un terrain, des banques commerciales locales, il y a quelques années, quand le règlement de « double taxation » fut mis en vigueur. » Ce qui a poussé ces 5 500 membres « dont la plupart, disons plus de 4 000, sont des vacoassiens et surtout, des petites gens — laboureurs, chauffeurs de bus, planteurs, enseignants, entre autres » à « faire davantage confiance à la coopérative qu’aux banques, c’est d’abord parce qu’il y a cette affaire de « double taxation », de même que le fait que la coopérative offre un léger pourcentage d’intérêt de plus que les banques et, enfin, parce que régulièrement, il y avait des articles dans les médias qui disaient que cette coopérative marchait à merveille ! Donc, nous avons pensé qu’il nous était favorable d’y placer nos économies. Nous étions très, très loin d’imaginer que nous allions nous retrouver dans la situation actuelle… »
Cette situation, poursuivent nos interlocuteurs, « ce sont des nuits blanches interminables. Des visites de plus en plus fréquentes chez le médecin avec de nouvelles pathologies que nous n’avions pas… Cholestérol, risques d’infarctus, diabète : un ensemble de maladies causé par tout le stress que nous subissons depuis plus de quatre mois maintenant. » Mala et son époux sont tous deux retraités et membres de la coopérative : « nos enfants sont à l’étranger. Ils ont terminé leurs études et vivent leurs vies. Avec l’argent que nous avons mis de côté, à la coopérative, nous pensions aller vivre dans un complexe où vivent d’autres retraités comme nous. Pas un « home », car nos enfants ne veulent pas de cela. Mais une structure d’accueil pour personnes âgées… » De ce fait, Mala et son mari ont entrepris les démarches nécessaires : « Nous avons déjà effectué un dépôt, dans ce but. Mais depuis que nos économies ont été gelées, ceux qui opèrent cette structure nous ont fait comprendre que nous n’allons peut-être plus réaliser ce projet… » Qui plus est, soutient notre interlocutrice, « nous avons déjà perdu partiellement l’argent remis comme dépôt… Parce que le délai a expiré pour faire les paiements nécessaires. »
Sunil Ramdenee, pour sa part, explique qu’il entreprenait d’acquérir un terrain de 12,5 perches et que, pour cela, « j’ai déjà versé un accompte de plus de Rs 50 000. J’ai fait des correspondances écrites tant au « caretaker board » de la coopérative qu’au Registrar of Cooperatives, instance régulatrice concernée. » Depuis mars, qu’il a entamé ces démarches, « c’est silence radio des deux côtés… »
Hema, quant à elle, dit être « sur le point de « collapse ». Si rien n’est fait dans les jours qui viennent, si le gouvernement ne nous aide pas et maintient sa décision de liquider cette coopérative, je sens que je vais craquer ! » Cette mère de famille qui travaille toujours dit « ne plus savoir que faire… Ma fille étudie à l’étranger ; grâce notamment aux économies que nous avons placé dans cette coopérative. Et chaque année, mon mari et moi, on paie la totalité de ses frais universitaires. Ce dont nous devons nous acquitter dans quelques jours. Mais comme nous n’avons pas le droit d’effectuer aucun retrait, et encore moins prétendre à un emprunt, tout cela bloque nos vies ! » Pire, soutient notre interlocutrice : « Je ne fais que passer et repasser la même chose dans ma tête, jour et nuit : dois-je dire à notre enfant d’arrêter ses études et de rentrer au pays ? Comment lui annoncer cela ? »
Calvaire quasi-identique pour Ram : le rêve de ce père de famille, « qui a fait toute sa carrière au sein des coopératives, d’où ma confiance en cette structure, c’est de permettre à nos deux filles d’aller étudier à l’étranger. Comme par une triste coïncidence, l’argent que ma femme et moi-même avons placé à la coopérative de Vacoas arrive à maturité dans quelques jours. Mais notre rêve d’envoyer nos filles apprendre à l’étranger s’est envolé… » Muni des lettres d’admission provenant des universités anglaises où il souhaitait inscrire sa fille, l’homme, amer, déclare : « nous ne pourrons pas réaliser ce rêve. C’est fini… »
Raj, ancien banquier, avoue passer par les mêmes difficultés : « Mes enfants nous ont assuré, ma femme et moi-même, que quoiqu’il advienne, ils seront là pour nous. Mais je ne peux accepter une telle injustice ! » Hema résume en ces mots « l’injustice dont nous sommes victimes ! D’accord, nous n’avons pas été vigilants et nous n’avons pas demandé au conseil d’administration de nous donner, en détail, chaque année, lors de chaque assemblée, sur ce qui se passait… Mais c’est parce que nous étions loin de nous douter qu’il y avait maldonne et qu’une clique familiale était à l’oeuvre dans notre dos ! »
Les autres membres font écho à ses propos : « Au grand jamais on n’a eu d’indications qu’il y avait « embezzlement » au sein de la direction de la coopérative. Sinon, on aurait réagi immédiatement ! Par contre, le Registrar of Cooperatives lui, en instance régulatrice, était au courant ! Ils ont eu des indications, mais se sont bien gardés de le communiquer aux membres de la coopérative ! Ils sont responsables eux aussi de la souffrance que nous endurons aujourd’hui ! »
Aujourd’hui samedi 30 « sera une journée cruciale pour nous, les membres », expliquent nos interlocuteurs. « Dans le cas où le gouvernement ne répond toujours pas à nos attentes et maintient sa décision d’aller dans le sens du rapport Ernst & Young avec la liquidation de la coopérative, nous n’aurons d’autre choix que d’entamer une grève de la faim ! » Ces membres rappellent que « dans le cas des « policy holders » de la BAI, le gouvernement a prouvé qu’il avait du coeur en réagissant promptement et leur offrir des avenues d’aides. Pourquoi est-ce que dans notre cas le gouvernement ne réagit pas ? Est-ce que nous ne sommes pas Mauriciens au même titre ? Sommes-nous inférieurs aux autres ? Est-ce parce que nous sommes des petites gens qu’on nous traite ainsi ? »