Les élections sont désormais derrière nous. Les Mauriciens ont fait leur choix pour les cinq ans à venir, avec l’espoir, bien évidemment, de voir s’améliorer leurs conditions de vie. Une revendication somme toute légitime, mais qui pourrait, comme nous ne cessons de le répéter, escamoter ce qui devrait constituer la plus importante de nos priorités : la lutte contre le changement climatique et ses conséquences, dont les experts ne cessent de nous prévenir qu’elles seront de plus en plus lourdes si nous ne prenons pas immédiatement la mesure du danger. Or, le monde ne prend assurément pas cette direction. De même, et on le sait aussi, Maurice, de par son insularité, son relatif isolement et l’exposition de ses populations, est extrêmement vulnérable face à ces changements à venir. Aussi est-il temps de passer à la vitesse supérieure en ce qu’il s’agit de nous prévenir de ces menaces, bien réelles faut-il encore le rappeler.

C’est en tout cas ce qui devrait constituer le principal cheval de bataille du nouveau gouvernement, une fois celui-ci complètement opérationnel, bien entendu. Les priorités sont claires. En premier lieu, il revient aux autorités de mettre en place un véritable plan environnemental axé à la fois sur la protection de nos espaces verts et des écosystèmes existants, ainsi que sur la protection des populations face aux risques systémiques. Dans le même temps, il s’agira de revoir notre stratégie en ce qui concerne le déploiement accru de sources d’énergie renouvelable. Sur ce point, rappelons que Maurice, contrairement à de nombreux autres pays tout aussi exposés au réchauffement, possède des atouts indéniables à même de favoriser cette politique énergétique, puisque bénéficiant d’un taux d’ensoleillement quasi permanent tout au long de l’année (énergie solaire) et de vents favorables (éolien), en sus d’être entourée d’eau (marée motrice). En théorie donc, nul besoin ici d’autres sources énergétiques que celles offertes gratuitement par Dame Nature.

Troisièmement, il serait de bon ton que les nouveaux occupants de l’hôtel du gouvernement mettent également en place une véritable “réforme” agricole. Il n’est en effet un secret pour personne que Maurice est encore largement dépendante du reste du monde en ce qui concerne son approvisionnement. Et l’on ne parle évidemment pas ici de téléviseurs ou de smartphones, mais de denrées de base, tels que le riz et la farine. Aussi serait-il plus que judicieux de mettre en place des incitations fiscales et financières susceptibles de nous mettre sur le chemin de l’autosuffisance alimentaire. De même que de promouvoir l’agriculture individuelle chez ceux disposant ne serait-ce que d’une petite portion de terres ainsi que des communautés agricoles à travers villes et villages. Ainsi pourrons-nous vivre plus sereinement la prochaine crise économique mondiale lorsque celle-ci viendra, car elle viendra ! Sans compter évidemment la fin programmée des ressources pétrolières et des risques économiques associés aux fluctuations du cours de l’or noir.

Autant de mesures, parmi d’autres – plus individuelles mais tout aussi importantes –, qu’il nous faut prendre le plus tôt possible. Pourquoi en effet, alors que la question du réchauffement est admise de tous (ou presque), attendre 2030 pour éliminer toute source d’énergie fossile et nous exposer bêtement d’ici là à ces terribles menaces et ce, alors que nous avons les moyens – et paraît-il l’ambition – de changer sensiblement notre orientation en ces matières précises ? Au contraire, nous pourrions profiter de notre relative bonne santé économique actuelle pour instaurer une réforme sociétale basée sur l’autosuffisance, à la fois alimentaire et énergétique. Car personne ne sait, à Maurice encore moins qu’ailleurs, de quoi nos lendemains seront faits. Si nous laissons passer cette occasion, peut-être sera-t-il alors trop tard !

L’on peut évidemment comprendre que nos aspirations quotidiennes sont, pour l’heure, à des encablures de ce qui n’apparaît encore que comme une menace impossible à situer avec exactitude dans le temps, si ce n’est que l’on sait qu’elle arrivera. Mais ce n’est pas une raison pour rester inerte. N’oublions pas que lorsque la planète laissera éclater les éléments, ce n’est pas l’argent qui nous sauvera. Seul le bon sens peut encore le faire !

Michel Jourdan