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La drogue synthétique est l’un des plus grands fléaux à avoir frappé Maurice ces dernières années. Tous en sont conscients et les témoignages et actions policières viennent constamment rappelé à quel point le mal s’est ancré. Pourtant, la prévention reste timide, voire inexistante, tandis qu’elle aurait permis de protéger une partie de la population et de mieux affronter le problème. Faute d’une politique nationale de prévention, la situation empire de jour en jour et les drames prennent des dimensions alarmantes.

Le Coronavirus n’a fait aucune victime à Maurice. La drogue synthétique, par contre, continue à tuer tout en brisant la vie de plusieurs individus, plongeant des familles dans des calvaires et la misère alors que l’impact se fait aussi ressentir au niveau du law and order. Qu’elles soient discutables ou pas les mesures prises à Maurice pour prévenir l’entrée du Coronavirus sont conséquentes. Tandis que pour la drogue synthétique, hormis le travail fait par la police au niveau de la répression, la prévention – premier filet de protection – est à peine visible. Si encore elle existe. Parce que du côté du ministère de la Santé, malgré la perception de silence qui persiste on nous affirme que “la prévention est faite régulièrement dans les écoles et les collèges, dans les centres de jeunesse et sur les lieux de travail.” On évoque le programme Get Connected, axé sur la drogue synthétique, qui se base sur le programme de l’UNODC et qui touche les institutions éducatives régulièrement. Il nous revient cependant que ces campagnes de prévention sont pas faites dans des institutions ciblées. Ce qui est certain, c’est que ces programmes n’ont pas une dimension nationale alors qu’il était attendu que le message soit passé de manière systématique auprès de toute la population. Entretemps, le marché de la drogue et la consommation prospèrent réveillant l’intérêt public et des autorités quand un nouveau drame entre dans l’actualité. L’histoire fait alors débat pour quelque temps avant que le problème ne soit de nouveau couvert sous une chape de silence.

Il y a quelques années, Anil Gayan, en tant que ministre de la Santé avait décidé du démantèlement de la Natresa, qui avait pour mission la prévention. Aujourd’hui, outre l’absence d’un organisme dédié, c’est aussi l’absence d’une politique nationale de prévention qui est pointée du doigt. “Nous n’avons pas de politique nationale de prévention. Aucun gouvernement n’est venu avec alors que nous en parlons depuis plus de 20 ans”, affirme Danny Philippe, chargé de prévention à Développement Rassemblement Information et Prévention (DRIP). Le problème de la drogue, n’est pas traité aussi sérieusement que d’autres problèmes de santé souligne Cadress Runghen.

“La prévention n’est pas le rôle de la police”

Kunal Naik, directeur de plaidoyer à PILS déplore un manque de prévention de qualité. Il fustige à la fois la façon dans laquelle c’est fait mais aussi par qui elle est faite. “Ce n’est pas à l’ADSU de faire de la prévention. Ça va à l’encontre de tout ce que préconisent les experts.” Ce blocage ne s’explique pas selon nos interlocuteurs. “Il y a une lenteur administrative. Dans le High Level Committee où siège le Premier ministre, nous en parlons régulièrement mais on ne nous écoute pas.Pourtant, ce ne sont pas les experts qui manquent ni les compétences”, dit Danny Philippe. Il rappelle que le National Drug Control Master Plan, qui contient un aspect prévention, a été lancé. Mais ce plan directeur n’est jamais entré en vigueur.

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Drogues synthétique.

En attendant, la situation est de plus en plus préoccupante alors que les drogues synthétiques sont plus accessibles et sont vendues à très bon marché. Avec elles, un nombre plus élevé d’overdose et un rajeunissement de la dépendance sont observés. “En 25 ans de prévention, je n’ai jamais vu une situation aussi inquiétante”, confie Danny Philippe, travailleur social. Le cri d’alarme de ce dernier reflète la situation catastrophique dans laquelle se trouve Maurice actuellement au sujet de la consommation des drogues. Le décès par overdose d’une jeune de 17 ans suite à la consommation de drogues synthétiques il y a quelques jours, confirme que la situation est urgente et que des solutions doivent être trouvées.

En même temps, de nombreux types de drogues entrent dans le pays. Brown sugar, ketamine, metanphétamine, crystalmet, LSD, cocaïne. Quelques 38 variétés de drogues synthétiques ont été enregistrées à Maurice jusqu’ici.

Early Childhood Prevention.

En parallèle, les ONG déplorent le fait que :  “Elles sont peu nombreuses les ONG à être autorisées dans les écoles primaires pour faire de la prévention”, fustige Kunal Naik. Ceci, alors que les années scolaires est la période où les jeunes sont le plus à risque en raison de la recherche de nouveaux plaisirs qui prédomine. “Si nous ne tenons pas compte l’aspect social, nous continuerons à mettre de l’eau dans un bac troué. Il faut des modules à l’école, c’est à ces âges là que les enfants sont à la recherche de nouvelles sensations. Les associations de parents doivent jouer un rôle plus important. De même, les parents doivent aussi pouvoir assister à ces réunions. Tout ceci doit être pris en compte pour l’élaboration d’une politique nationale de prévention”, poursuit-il.

Si toutefois elle arrive enfin à être mise en place, la stratégie nationale de prévention devra inclure plusieurs aspects. Danny Philippe insiste que la prévention devra être mise en place comme préconisé par le Bureau des Nations Unies. “Ça doit débuter dès l’âge de 5 ans parce en raison du rajeunissement au niveau de la prise de substances. De nos jours, des enfants de 8 ans consomment de la drogue synthétiques. C’est alarmant. ll y aura ainsi le renforcement de capacité avant de commencer à prévenir au sujet des drogues à partir de l’âge de 8 ans.”

Une Approche globale.

Les travailleurs sociaux expliquent que la prévention doit inclure l’aspect social ainsi que la réduction de risques également. “Il faut préparer la communauté, il faut le faire à un niveau global en prenant en considération la pauvreté, sinon cela ne marchera pas. Ça doit être une approche globale puisque la drogue est un problème multidimensionnel. Il y a de petites unités qui travaillent mais ce n’est pas coordonné”, dit Danny Philippe. Aussi, “Nous devons aussi être capables de montrer si cela a un impact ou pas”, fait ressortie Kunal Naik.

De son côté, Marlène Ladine, directrice de l’ONG Chrysalide, soutient que la prévention ne doit pas être une simple question de montrer ce qu’il faut ou ne pas faire. Elle parle d’un cadre où l’on englobe dialogue et activités. “Ce n’est pas simplement venir dire, ça c’est bon, ça c’est pas bon. Ce qui manque, c’est un éventail d’activités qui permette aux jeunes de passer du temps en dehors de leur train train quotidien qui est l’éducation, la famille et le portable.”

Un livret sur la problématique de la drogue

Le Groupe A de Cassis, a lancé le livret Ensemble, construisons une société axée sur le bonheur. Un document pour comprendre la problématique de la drogue et des addictions. Sur une vingtaine de pages, on découvre l’historique et l’évolution du marché de la drogue à Maurice, la définition de la drogue qui provoque l’addiction, la prévention et la réhabilitation, entre autre topiques en sus des numéros de téléphones des services adaptés.

Le père Gérard Mongelard – aumônier du Groupe A, le diacre Cadress Runghen et son épouse Ragini – coordinatrice du Groupe A de Cassis, Jean Bruneau – ancien commissaire des prisons et président du Centre d’Accueil de Terre-Rouge et Letissia Molen, jeune engagé au sien du Groupe A de Cassis ont collaboré à l’écriture du livret. Notons que le livret a bénéficié de l’appui du Cardinal Maurice Piat et du diocèse de Port-Louis à travers le département des finances du diocèse, Coup de Pouce à Mon Église. Le livret est disponible à La Kaz A à Port-Louis au diocèse de Port-Louis ainsi que par téléchargement sur le site https://www.coupdepouceamoneglise.mu/.