Elles n’habitent pas la même localité, mais des familles dont le sort n’est pas inconnu du public, ont l’attente et l’exclusion en commun. A Dubreuil, entre les murs moisis, froids et humides, de l’ancienne usine à thé oùelles y vivent depuis quatre ans, cinq familles attendent le logement qui leur a été  promis par les autorités. Lassées, dépitées elles disent avoir été presque délibérément oubliées malgré la signature de nombreux papiers! A Mare-Chicose, une trentaine de familles gardent encore l’espoir de quitter un hameau qui a pourtant fait partie de leur histoire personnelle et profonde. Mais, il leur faut partir. Tous, voire le pays entier savent qu’il serait déraisonnable de laisser ces familles de continuer à vivre dans cet environnement pollué par le centre d’enfouissement du village. Elles avaient fait confiance au gouvernement, institutions, et autres ministères, qui depuis dix ans maintenant, leur ont promis une compensation dans le sillage de leur délocalisation. Vendredi, quand nous les avons rencontrés, il n’était plus question de confiance. Ce sont des habitants déçus, frustrés, amers qui se sont exprimés sur leur sort. “Nous sommes des laissés pour compte. Voilà ce que nous sommes!”, se désolent-ils. L’incendie de l’année dernière n’a fait qu’amplifier la colère qui anime les familles depuis une décennie. Elles pensaient que les flammes qui ont donné des sueurs froides aux autorités — une explosion aurait entraîné des conséquences dramatiques — auraient aidéà accélérer les procédures en vue de leur relogement à Rose-Belle, mais il n’en a été rien
La situation respective des familles rencontrées dans les deux régions ne fait plus l’actualité. Avec le temps, l’indignation de la population sur leur sort s’est évaporée. Cet apaisement serait une pression en moins pour les autorités. Quatre ans en arrière, après leur expulsion d’un terrain qu’elles ont squatté à Dubreuil et plusieurs nuits d’hiver passées sous des bâches, des familles sont relogées dans l’ancienneusine de thé du village. Le bâtiment, vétuste, sur un vaste terrain non entretenu, est transformé en logement d’urgence. Après avoir vécu deux ans dans des conditions difficiles, la majorité de ces familles, soit une vingtaine, reçoivent enfin la clé de leur maison sont relogées par la National Empowerment Foundation. Éligibles aux critères requis pour être bénéficiaires d’un logement social, ces familles ont eu plus de chance que les cinq autres qui depuis sont toujours à l’usine. “Lot zour la ti fer katran depi ki nou dan lizinn”,confie Cindy, 38 ans, un des dix adultes habitant encore l’usine. Cindy, qui ne travaille pas, ses quatre enfants et son mari, Curty Modeste, maçon, partagent une aile délabrée de la bâtisse avec le couple Richard et Candy Lorval. Les cinq familles qui n’ont pu s’installer à Résidences Dubreuil, ne répondaient pas aux critères exigés par le programme de relogement. Pour certaines, comme les Lorval, Viren et Shivanee Pydyachee, leur revenu dépassait Rs 6 200. Et de ce fait, elles n’ont pas droit à une maison de deux pièces en béton. Mais depuis, Viren Pydyachee a perdu son emploi. D’autres, comme les Modeste ou le jeune Hervé Lorval, disent ne pas être en mesure de payer la mensualité de cette catégorie de maison, et ont donc opté pour une maison d’une pièce en béton au toit en tôle. Mais tous ont reçu une portion de terre à Résidences Dubreuil. Même que Richard Lorval, maçon, et son épouse ont entamé la construction de leur maison. Depuis le départ des 22 autres familles, l’état dubâtiment s’est davantage dégradé. Il en est de même pour l’enceinte non sécurisée. Quant aux toilettes mobiles, elles ne fonctionnent plus!
Un long combat au village du dépotoir
Le dossier de la délocalisation des 40 familles de Mare-Chicose est aussi épais que complexe. Quand le centre d’enfouissement, niché au coeur d’une nature à la beauté saisissante, démarre vers la fin des années 1990, sa durée de vie était estimée à quelque 20 ans. Mais depuis, à plusieurs reprises, la délocalisation de tous les habitants est annoncée comme étant imminente. De 17 hectares, le dépotoir – vers lequel des camions transportant toutes les ordures du pays convergent tous les jours dans un ballet devenu habituel pour les habitants-, est passé à 37 hectares. Des familles ontété indemnisées et ont quitté le village. Les autres, pas d’accord avec le montant de la compensation qui devrait leur être alloué, ont depuis longtemps fait connaître leur position. Et contestent l’opacité qui entoure le choix du montant du budget: et son réajustement par la suite décaissé et la répartition des indemnités. Depuis, le temps a passé et le coût des matériaux de construction a augmenté. Le montant qui leur avait été proposé, quelque Rs 100 millions à être réparties entre les familles non délocalisées, ne suffiront pas. Depuis le début des années 2 000, le village n’est plus ce qu’il était. Il est d’abord marqué par l’incompréhension de ses habitants (environ 350) qui acceptent leur déracinement malgré eux. Mais le pire, c’est que leurs interlocuteurs, les décideurs au gouvernement, tardent à réagir face à leur situation. Contestations, acte de vandalisme, manifestations ne mènent pas loin le dossier. En 2006, quand enfin leur délocalisation est approuvée, les foyers pensaient pouvoir partir et quitter un village où les grosses pluies et le soleil font monter des odeurs nauséabondes. L’espoir est de courte durée. La compensation se fait attendre. Au plus haut niveau, on commandite des rapports, des réunions entre les forces vives du village et différentes parties concernées se succèdent, des questions parlementaires sont soulevées, entre-temps des divergences divisent les habitants et le vieux Balkrishna Goorcharand, une des figures emblématiques du combat, décède
Au final, qu’est-ce qui fait obstacle à la délocalisation des habitants de Mare-Chicose? Au village, on ne peut nous répondre. Non parce que les habitants ne veulent pas, mais parce qu’ils sont eux-mêmes perdus dans cette affaire qui traîne depuis trop longtemps. Mahen Seeruttun, député (MSM) de la circonscription, qui dit défendre le dossier, concède ne plus comprendre la léthargie avec laquelle celui-ci est traité.“Tous se renvoient la balle. Un jour, on dit aux habitants que c’est au ministère des Collectivités locales de débloquer leur situation, un autre jour on leur parle de notaire, puis on leur demande à faire une étude de faisabilité du sol!”,déplore le député. De son côté, Rohit Behari, président des Forces vives du quartier, ne peut s’empêcher d’évoquerune visite, en 2002, de Navin Ramgoolam, alors dans le camp de l’opposition. Ce dernier disait aux habitants: “Nous ne pratiquerons pas de la démagogie et de la politique sur votre souffrance. Notre objectif est de vous soutenir pour mettre fin à l’enfer que vous vivez depuis des années.”Ce même jour, Arvin Boollel, qui accompagnait son collègue Ramgoolam, promettait:“Nous prenons l’engagement solennel de mettre fin à votre cauchemar dès que nous serons au pouvoir.”Plus tard, alors qu’il est vice-Premier-Ministre, Paul Bérenger “impressionné”après un constat au centre d’enfouissement et dans la région faisait aussi la promesse aux villageois: “Pou met latet ansam pou amelior sitiasion.”  
Dubreuil: “Nou finn siynn formiler lor formiler”
En juillet dernier, Rohit Behari a envoyé une lettre au ministre des Collectivités locales, Hervé Aimée. Il plaidait en faveur de 7 foyers, appartenant à la même famille, pour qu’ils puissent tous être relocalisés à Marie-Jeannie et non séparément. Dans cette lettre, Rohit Behari fait mention de discrimination à l’égard de ces familles privées de terre à Rose-Belle, tandis que des terrains agricoles s’y trouvant auraient été alloués à d’autres familles pour être reconvertis en terrains résidentiels. Il attend une réponse L’attente, c’est aussi le cauchemar que connaissent ceux qui patientent des heures à l’unique arrêt d’autobus du village. Depuis que la délocalisation est évoquée, Mare-Chicose s’apprête à devenir un village fantôme. La seule boutique a fermé ses portes, le marchand de pain ne passe plus… Un village fantôme ou presque, à condition que les six familles qui vivent à l’écart sur un terrain privé dans des cases précaires en tôle, dépourvus de sanitaires, soient aussi embarquées dans le programme de délocalisation. “Nous allons attendre encore un peu avant d’envisager sérieusement une action “,explique Rohit Behari.
Manifester n’est pas dans l’agenda des familles de Dubreuil. Elles semblent avoir pris leur mal en patience. Les locaux en piteux état, mais aménagés quand même indiquent qu’elles ont pris leurs habitudes. Une petite fille, la benjamine des Pydyachee a agrandi la communauté il y a trois ans. N’empêche, les anciens squatters de Dubreuil disent ne pas comprendre pourquoi les autorités tardent à leur donner accès à leur lot respectif. “Nou finn siynn formiler lor formiler. NEF dir nou al anrezistre sekirite sosial, laba ki pou okip nou dosie. Kan nou al sekirite sosial Curepipe, zot avoy nou Port-Louis. Kan al Port-Louis zot dir ki zot pa kone kan nou pou gayn terin. Nou inn siynn afidavi tou me ziska zordi personn pa pe donn nou informasion”,disent-ils, avec la certitude d’être négligés par les autorités.