J’allais écrire que la saison des mariages politiques était revenue et je me suis souvenu que, les expériences du passé le prouvent, il n’y a pas de saison pour les alliances à Maurice. En fait, toutes les saisons conviennent à ces alliances qui durent un peu plus que le temps de vie des roses. Souvenez-vous : en 2014, l’alliance supposément imbattable, celle du PTr avec le MMM, avait pris de longs mois de négociations pour être conclue. Alan Ganoo avait usé on ne sait plus de combien de costumes italiens lors de ses nombreux déplacements entre Riverwalk et… River-walk (lieu de résidences de Navin et de Paul) pour finir par sceller l’alliance rouge-mauve qui conduisit le PTr et le MMM dans le karo kann, naguère occupé par SAJ et son MSM. À peine les résultats de la défaite cuisante avaient-ils été annoncés que Bérenger reniait l’alliance PTr-MMM en attribuant toute la responsabilité à Ramgoolam. Depuis, dit-on au MMM, le leader a tourn zorey et affirme que son parti, toujours « le plus grand de Maurice », en dépit du fait qu’il est aujourd’hui le demi-quart de l’ombre de ce qu’il était, « ira tout seul aux élections » et remportera la victoire. La détermination solitaire du leader mauve ne semble pas susciter un énorme enthousiasme chez les militants, surtout ceux qui sont susceptibles d’avoir un safe seat. Ceux-là laissent entendre qu’ils sont fatigués d’être dans l’opposition et qu’ils ne seraient pas contre une alliance — même avec le MSM — si cela devait leur valoir une place dans le prochain gouvernement. Comme le leader a laissé entendre que pour faire une alliance il faudrait passer sur son « dead body », faut-il comprendre qu’une alliance MSM-MMM sans Bérenger pourrait être envisagée par les mauves, qui n’en peuvent plus d’être dans l’opposition ?

Mais il n’y a pas que l’option d’un MMM sans Bérenger qui est envisagée dans les antichambres et les couloirs où se négocient les alliances les plus improbables. Il paraît que certains misent sur une alliance MSM-PTr, mais sans Ramgoolam. La logique de cette démarche, au premier abord étonnante, est la suivante. Étant donné les casseroles judiciaires que Navin Ramgoolam traîne et vu que ses procès ne seront pas jugés avant au moins deux ans, ce sera compliqué pour le PTr d’avoir un leader qui va passer beaucoup de temps en cour. Mais dans cette perspective, qui pourrait prendre la place de celui qui se disait autrefois le roi de la savane ? Les candidats qui souhaiteraient postuler ne le font pas, par crainte des réactions de Navin Ramgoolam qui, comme tout le monde le sait, n’est absolument pas rancunier. Ils gardent le silence car ils savent à quel point il est difficile d’obtenir une majorité dans un Bureau politique qui compte plus de cent membres qui sont là depuis des temps immémoriaux et n’ont aucune intention de céder la place. Mais, me direz-vous, en admettant que tous les obstacles soient franchis, comment est-ce qu’une alliance pourrait se faire entre le MSM et un PTr sans Navin, après tout ce que les rouges ont pu dire sur les oranges et réciproquement ces dernières années ? L’envie d’accéder et de partager le pouvoir a une propriété étonnante : elle fait oublier tout ce qui ne concerne pas la lutte pour atteindre cet objectif. De toutes les manières, est-ce que, depuis l’indépendance, tous les partis politiques ne se livrent-ils pas à une grande coucherie où les partenaires sont épousés, reniés, reépousés et divorcés avec le même enthousiasme ?

Et les petits partis ? Ils connaissent sur le bout des doigts les règles de la grande coucherie et sauront marchander chèrement leur place dans les alliances en cours de constitution en mangeant à tous les râteliers, pourvu qu’ils obtiennent le plus grand nombre possible de tickets. Et l’électeur, est-ce qu’il va – enfin ! – voter pour des candidats pour leurs mérites plutôt que pour des blocs formés par les alliances ? N’y comptez pas trop. Contaminé par la politique des alliances des partis, il est devenu aussi, sinon plus encore, opportuniste que les politiciens. Il est passé avec une rapidité étonnante du stade de spectateur dégoûté à celui de complice rétribué. Comme celui des politiciens, son vote est aux enchères et il ne met sa croix sur le bulletin de vote que contre un bon « boutte » postélectoral : un job à Air Mauritius, une promotion, une nomination ou un permis. Mais où le pays ira-t-il comme ça ? Il va continuer à tourner en rond, comme « enn cerf-volant casse la corde », comme il le fait depuis des années sans déranger personne. Surtout pas ceux qui se battent pour pouvoir le diriger.