Il y a quarante ans naissait la Communauté Fiat. Depuis l’implantation de son quartier général à la Montée Lebret à Petite-Rivière, plusieurs milliers de personnes y ont suivi des cours de formation, et 250 d’entre elles se sont engagées auprès de la communauté en tant que membres à vie. Parmi les anciens Fiatistes, on compte de nombreuses personnalités mauriciennes. Outre la formation, le travail social est un aspect primordial de la communauté. Le groupe M25, le Centre d’accueil de Terre-Rouge, la Marche de charité, l’IDP… toutes ces organisations trouvent leurs origines au sein de la communauté Fiat. C’est ainsi qu’au fil des années, elle a donné l’occasion à des jeunes et moins jeunes de toute l’île, de participer à l’action sociale en faveur des plus démunis.
Tout commence en 1971 avec Jean-Noël Adolphe, un habitant de Beau-Bassin qui, depuis son très jeune âge, s’implique activement dans divers mouvements de l’église catholique. Scout, responsable des enfants de coeur ou créateur du groupe Young ones, le jeune homme était loin de s’imaginer que quatre décennies plus tard, la Communauté Fiat, dont il est le fondateur, allait donner naissance à autant d’équipes présentes à travers l’île, au service des paroisses tout autant que de la société mauricienne.
Le 3 octobre 1971 au Foyer de l’Unité à Souillac, six amis répondent à l’invitation lancée par Jean-Noël Adolphe pour constituer un groupe de prière et de partage. Parmi eux se trouve Joceline Minerve — ex-ministre de la Sécurité sociale, et actuellement responsable de la Commission Diocésaine du Monde Ouvrier (CDMO). À cette époque, Jean-Noël Adolphe était grandement inspiré par Chiara Lubich, fondatrice du mouvement des Focolari. Créé à la fin de la Seconde guerre mondiale, celui-ci a aujourd’hui pour membres des hommes et des femmes, sans distinction de religion aucune, vivant une « spiritualité communautaire », et oeuvrant, entre autres, pour un monde vivant dans la paix et l’unité.
C’est ainsi que la Communauté Fiat voit le jour. L’idée de mettre sur pied un centre pour la formation a, pour ainsi dire, jailli du coeur de ces pionniers. Pour mieux comprendre la spiritualité vécue par les laïcs du Foyer Fiat, il faut simplement comprendre que le mot latin « fiat » peut être traduit par « volonté de Dieu » en latin. Celle-ci prend concrètement forme pour eux en 1974, lorsque Paule Casimir fait don de son terrain de trois arpents à la communauté. Le Foyer Fiat est ainsi construit et devient un lieu de formation et de rencotre pour ceux désirant approfondir leur foi et participer à une expérience concrète de vie communautaire chrétienne. La communauté s’étend également à travers des équipes dispersées à travers l’île.
Zedi en 15, Équipe Fiat Colombe, Fiat Eau Vive… Depuis 1974, de nombreux groupes de formation ont ainsi vu le jour. De même, le Groupe 40 est né à la suite d’un séminaire sur le laïcat, auquel de jeunes laïcs venaient assister au Foyer à raison de trois jours par semaine pour partager une vie communautaire.
Au fil du temps, plusieurs bâtiments de même qu’une chapelle ont été construits à Petite-Rivière, et des espaces ont été aménagés pour accueillir davantage de personnes et des retraites spirituelles.
Une vie en communauté
Après avoir suivi la formation Expérience de vie communautaire (EVC) au Foyer, beaucoup de jeunes laïcs envisagent la possibilité d’un engagement à vie au sein de la Communauté Fiat. Un petit groupe constitué d’enseignants, employés de banque, étudiants, tous âgés de 23 à 29 ans, passe ensemble, depuis trois ans maintenant, deux soirées par semaine. L’objectif de ces rencontres est de donner à ces jeunes les outils nécessaires qui leur permettront de devenir membre de la communauté et servir l’église et la société.
Jonathan Cotte, 26 ans, est enseignant au collège St-Mary’s West. Avec d’autres jeunes venant de diverses régions, il apprend lui aussi à vivre en communauté. Au programme de l’EVC : partage spirituel ou discussions sur divers sujets, avec des animateurs qualifiés ou des intervenants comme Jean-Noël Adolphe lui-même, des prêtres ou des responsables de catéchèse. Au Foyer, les jeunes passent la nuit au dortoir, préparent eux-mêmes leurs repas et apprennent à devenir responsables. Jean Hugues Yagapen, 26 ans également, explique qu’il veut « grandir dans la foi », mettre son expérience au service de l’action sociale et s’ouvrir aux autres.
À l’issue de l’EVC, certains de ces jeunes sont prêts à s’engager. Ce dimanche, pour eux, ne marque pas seulement une simple commémoration, mais une nouvelle étape de leur vie. En effet, à la Cathédrale St-Louis cet après-midi, 37 nouveaux Fiatistes prendront l’engagement, devant l’Évêque de Port-Louis, de poursuivre leur cheminement en tant que membre de la communauté.
Solidarité
Le travail auprès des jeunes et des personnes en difficulté a été, sans conteste, une des oeuvres majeures des pionniers de la Communauté Fiat. Déjà, au milieu des années 60, le groupe SOS Vendredi Saint avait été créé pour encourager les jeunes à ne pas tomber dans la délinquance : 1 500 jeunes avaient ainsi été envoyés dans une quarantaine de localités du pays afin de venir en aide aux personnes en difficulté.
Le groupe M25, tirant son nom d’un verset de l’Évangile (Mathieu, 25) a lui aussi été créé pour soutenir les familles défavorisées, plus particulièrement celles qui avaient perdu leur maison à la suite des grands cyclones des années 1960. « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu… » Cet extrait de la Bible a ainsi été, pour beaucoup, une grande source d’inspiration et de motivation pour mener à bien de nombreux projets sociaux.
De même, après avoir accueilli des jeunes en difficulté à Petite-Rivière, des Fiatistes ont lancé le Centre d’Accueil de Terre-Rouge (CATR). Grâce à la générosité de Redmond Hart de Keating, un centre d’hébergement a pu être ouvert afin d’accueillir de jeunes ex-toxicomanes. Ce centre de réinsertion a pour but de permettre aux personnes ayant suivi une cure de désintoxication de réapprendre à vivre sans drogue et réintégrer la société.
L’institut pour le développement et le progrès (IDP) est une autre organisation, lancée en 1971, qui avait pour objectifs d’initier les Mauriciens au travail social et soulager la pauvreté à Maurice. Cette ONG, qui prônait ouvertement le mauricianisme, avait été dissoute en 1991 en raison de ses problèmes financiers. En 1998, les anciens membres, dont Jean-Noël Adolphe, ont repris les choses en main et lancé le Nouvel IDP, afin de poursuivre les actions de solidarité et d’offrir des formation appropriées aux travailleurs sociaux.
En 1979, fort du grand nombre de jeunes fréquentant le Foyer Fiat, la communauté a organisé une marche de charité sous le thème Père Laval nou vini, et dont le but était d’offrir des repas aux pauvres. Cette marche a par la suite été à la base de l’organisation des marches de charité diocésaines annuelles.
L’une des grandes réalisations de la Communauté Fiat a été la production du livret mensuel Parole de chaque jour, qui regroupe des textes bibliques de la liturgie quotidienne. Ce livret, lancé en novembre 1977 avec seulement 100 exemplaires polycopiés, est aujourd’hui produit en 20 000 exemplaires distribués à Maurice, Rodrigues, La Réunion et Madagascar. Il en est à son 396e numéro et, avec le Centre de Formation, contribue au financement de la Communauté Fiat, qui emploie une quinzaine de salariés.
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Messe
La messe d’engagement des 37 nouveaux Fiatistes aura lieu à 15 h aujourd’hui à la Cathédrale St-Louis, en présence de l’Évêque de Port-Louis, Maurice Piat. À l’occasion du 40e anniversaire de la communauté, un magazine retraçant le parcours historique du mouvement sera lancé.
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Activités
Des congrès sont tenus tous les cinq à sept ans pour renouveler la communauté et répondre à ses nouveaux besoins. Dans le cadre de son 40e anniversaire, de nombreuses activités ont été organisées : concours de logo, déjeuner des anciens, ou encore une cérémonie commémorative, le 1er octobre, sur la tombe de Paule Casimir.
Le Foyer est, de plus, un lieu d’accueil pour des groupes interreligieux, qu’ils soient mauriciens et étrangers. Il y a deux ans, le centre avait accueilli six réfugiés irakiens ayant fui la guerre dans leur pays.
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Le Foyer
Le Foyer Fiat (ou foyer de développement) est une association catholique dirigée par la Communauté Fiat. Le Foyer est une école de formation chrétienne où des jeunes sont invités à vivre en communauté selon certains axes principaux : prières, formation, vie communautaire, accueil, engagement et service des autres. Le Foyer organise ainsi des IVC (initiations à la vie communautaire) et des EVC (expériences de vie communautaire), toujours dans le but de former de jeunes laïcs.
Le centre est également mis à la disposition de groupes externes, pour des retraites ou des sessions de réflexion. Parmi les aménagements offerts : un grand dortoir pouvant accommoder une soixantaine de personnes, une salle de conférences et une salle à manger. Tout au long de l’année, le Foyer accueille ainsi divers groupes de réflexion, des collégiens ou encore des sessions diocésaines.