Bhisma Dev Seebaluck est décédé le samedi 8 avril à 75 ans. Détenteur d’un MA en Anglais de l’université de Delhi, il a été enseignant d’anglais, conseiller culturel, journaliste, polémiste, chroniqueur, critique de théâtre début des années 1970 pour « The Nation ». Fortement critique, provocatrice, son oeuvre reste pour le lectorat mauricien liée à une prise de conscience des problèmes sociaux qui minaient son pays.
Il rêvait d’une île Maurice meilleure. Théâtre, roman, poésie : certaines de ses traductions montrent à la fois l’humanité et l’engagement de l’homme. On pourrait mentionner ici la traduction du « Midsummer night’s dream » de William Shakespeare, « Enn swar en été », une adaptation en kreol, mise en scène par son ami Anon Panyandee avec des artistes rodriguais dans le cadre de la célébration des 450 ans de Shakespeare.
Auparavant, Seebaluck a connu un certain succès avec « Gitanjali », présentée par les artistes rodriguais toujours dans une mise en scène d’Anon Panyandee. Il y avait une part de revendication nationaliste dans cette volonté de traduire en créole. Depuis son entrée dans le champ politico-culturel, Bhisma Dev Seebaluck n’a jamais cessé de surgir là où on ne l’attendait pas. Tout au long d’un itinéraire saccadé, notre compatriote, passionné par la langue anglaise, navigue entre deux langues : l’anglais et le créole.
Lorsqu’il était étudiant au collège Royal de Port-Louis, il lisait tout. C’est ce qui permettra plus tard un recentrage de la réflexion et un renouvellement de la création. La lecture l’accompagnait constamment. Il découvre Tagore et lorsqu’il lit « Gitanjali », le jeune Bhisma devient un lecteur émerveillé. Bercé par les émois du texte de Tagore, il essaie de traduire ce dernier en créole même s’il n’arrivait pas à comprendre le texte dans son ensemble à cause de problèmes de traduction du Bengali à l’anglais.
Dans ses cours de littérature, Bhismadev Seebaluck étudie d’autres textes de Shakespeare :« Macbeth », « Julius Cæsar è, entre autres. « Nous avions même monté la pièce Jules César avec Cassam Uteem, Marc Anthony, M. Mamoojee et Ravin Bunwaree », se souvient-il. C’est à la Teacher’s Training School qu’il connaîtra l’expérience de la mise en musique de « Gitanjali ». « Il y avait un professeur, M. Ramprakash, un Indien, qui, à l’occasion du centenaire de Tagore en 1961, avait donné une conférence sur ce dernier. C’est là que j’ai découvert la chanson. Ce fut le déclic, j’ai développé un attachement pour
Tagore » (Le Mauricien).
Lors de ses études en anglais dans la Grande péninsule, Bhisma Dev Seebaluck découvre les pièces de Tagore en hindi et en bengali au théâtre. A l’opéra, il assiste aux spectacles donnés en l’honneur de l’écrivain. On comprend à présent ce qui lui a permis de franchir les délimitations génériques, à travailler les formes, croiser les mythes et les poétiques qui lui viennent d’un double héritage. Dans un autre genre, ses chroniques intitulées « Dear Shakespeare » connaissaient un véritable succès auprès d’un lectorat curieux de son sens satirique et humoristique
En 1980, il écrit « Thorns and roses », mis en scène par la Mauritius Drama League (MDL). Rappelons au détour qu’avec Shakuntala Hawoldar, il avait fondé la Mauritian Writers Association (l’occasion pour les anglophones du pays de se recontrer pour des conferences, des rencontres litteraires, notamment au British Council. Un an plus tard, le texte est publié. Bhismadev Seebaluck continuera à écrire comme l’enfant terrible, indien, des lettres anglaises : « The Young ones », « The Angels », « An Appointment with death », « The Three wishes », « The Hunter Hunted » et « Mahabharata ».
Il regrettera que toutes ses pièces n’aient pas pu être jouées. Il avait évoqué la censure de « Shattered rainbow », pièce de théâtre écrite après la mort de Kaya en prison et les émeutes qui s’ensuivirent. « Il était difficile de trouver des gens pour jouer cette pièce à l’époque et même quelqu’un pour la mettre en scène. En 2005 ou 2006, un groupe était intéressé à la présenter au National Drama Festival mais il n’avait pas eu l’autorisation d’aller de l’avant ». (Le Mauricien).
Il est vrai que certains ont couru le risque d’être écrasé ou émerveillé par les oeuvres de Bhisma Dev. On ne sait pas vraiment si chronologiquement, après le journalisme, la narration, la poésie ont précédé le théâtre. Ecriture poetique et oeuvre théâtrale traduite seront considérées ici à travers deux titres « Gitangili » et « Enn swar en été » d’après le « Midsummer night’s dream » de William Shakespeare.
Si la forme poétique l’a plongé dans des formes diverses dans les racines du passé, des aller-retour, en faisant resurgir des images enfouies, le théâtre a été pour lui la forme adaptée à représenter la confrontation entre des groupes, résonance de ce qui se passe dans la société. Mais toute son oeuvre est portée par le mouvement, le rapport au temps. C’est une question de rythme et de sens. On comprend pourquoi le théâtre ne peut être séparé des autres formes d’écriture. Bhisma Dev Seebaluck cherchait la forme littéraire qui lui paraissait la mieux adaptée comme acte fondateur d’une nation unie.