Laval Plaiche, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Kozé Rodriguais, parle de l’ambiance dans l’île à quelques mois des élections générales. Il regrette que la politique crée des divisions, même au sein des familles. Il revient également sur le passage de deux cyclones en début d’année et évoque le courage des Rodriguais. De même, il plaide pour une presse indépendante et fait la promotion de la destination rodriguaise, avec un nouveau magazine sorti en avril dernier.

Pouvez-vous nous parler de votre nouvelle publication sur Rodrigues ?
La première édition de Rodrimages, un magazine sur l’authenticité rodriguaise, est sur le marché depuis avril dernier. C’est un travail qui a démarré en janvier de cette année. En 130 pages, nous avons voulu démontrer les différentes facettes de l’île. Nous avons tellement de choses à raconter à Rodrigues et, jusqu’ici, nous n’avions pas de magazine. Nous avons axé notre produit sur l’authenticité de Rodrigues afin de valoriser l’île et pour encourager les gens à la visiter. Nous avons mis en avant le sourire, le bonheur de vivre à Rodrigues, et nous invitons les gens à venir vivre cette expérience.
Par ailleurs, il y a eu pas mal d’événements qui ont marqué l’actualité à Rodrigues ces derniers mois. Nous avons eu nos miss, qui ont brillé sur le plan international, à savoir Murielle Ravina, à Miss World, et Anoushka Ah-Keng, à Miss Supranational. Sur le plan du développement, il y a eu l’avènement du câble optique, qui est un événement historique. Rodrigues est désormais connecté au monde. Il y a également les travaux d’agrandissement de l’aéroport et l’inscription du séga tambour comme patrimoine immatériel de l’humanité à l’Unesco. Nous avons remonté dans le temps pour retracer l’histoire derrière cette tradition. Nous avons également parlé de la pêche à la senne, qui est une activité traditionnelle, et de la fête du poisson, organisé chaque 1er mars. C’est un autre aspect de notre folklore qui peut intéresser les visiteurs. Ensuite, depuis dix ans maintenant, nous avons le trail, qui a pris une dimension internationale. N’oublions pas non plus l’accueil, l’amitié rodriguaise, ainsi que l’atmosphère calme et reposante. Beaucoup de Mauriciens aiment venir dans l’île pour se ressourcer. Notre prochaine édition est prévue en août. Le magazine, à Rs 150, est aussi en vente aux Seychelles et à La Réunion.

Le magazine a donc une visée touristique ?
Oui, le magazine vise à la fois à promouvoir la destination et, en même temps, de faire prendre conscience aux Rodriguais de ce qui se passe dans l’île. C’est un pari que j’ai pris. Depuis quatre ans maintenant, j’ai lancé le journal Kozé Rodriguais, et avec Rodrimages, j’ai voulu présenter quelque chose de différent. Ce n’était pas évident de faire un magazine, surtout si l’on prend en considération que nous n’avons pas d’imprimerie pour cela à Rodrigues. Il fallait donc venir à Maurice. Mais j’ai osé prendre ce pari. Nous avons réussi jusqu’ici grâce à la publicité. Ce qui est dommage toutefois, c’est que la plupart des firmes ayant payé pour la publicité sont de Maurice. Ni l’Office du Tourisme de Rodrigues, ni l’Assemblée régionale ne m’a donné une seule publicité. Pourtant, je suis en train de promouvoir Rodrigues. Je ne suis pas le seul à avoir un intérêt dans ce magazine, c’est pour l’île, pour donner un coup de main à l’économie à ma façon.

La presse à Rodrigues était jusqu’ici plutôt partisane, avec d’une part le journal de l’OPR et, de l’autre, celui du MR. Comment vous situez-vous dans ce contexte ?
Kozé Rodriguais est un journal indépendant. Je l’ai lancé il y a quatre ans, quand L’express Rodrigues, le seul journal indépendant dans l’île, a cessé de paraître. Ils ont laissé leurs lecteurs orphelins en quelque sorte. Je me suis dit que ce n’était pas possible de ne pas avoir de journal indépendant dans l’île. On parle à la fois de l’actualité politique, des faits divers, des travaux de développement, entre autres. J’essaye aussi d’être la voix de ceux qui ont besoin d’être entendus. Après quatre ans, je peux vous dire que ça marche. Du moins, j’arrive à couvrir mes frais.
Pour ce qui est des partis politiques, ils ont toujours leurs propres opinions, même si j’ai fait comprendre, quand j’ai démarré, que le journal était indépendant. Nous savons tous que le MR et l’OPR sont à couteaux tirés, et je fais en sorte que les messages passent de manière équitable. Mais il n’empêche que lorsque vous écrivez quelque chose de potentiellement à problème pour l’un, on vous dit que vous êtes dans le camp de l’autre. Il y a même des commissaires qui m’ont menacé de ne pas me donner de publicité. Personnellement, je n’ai pas peu de critiques, que ce soit envers le gouvernement ou envers l’opposition. Je ne pense pas que je doive céder quand je travaille dans la transparence. J’ai toujours gardé cette ligne éditoriale.

Quelle est l’ambiance à Rodrigues à quelques mois des élections ?
La campagne a déjà démarré avec les meetings du 1er mai. Nous avons aujourd’hui quatre partis activement engagés dans la politique à Rodrigues, soit l’OPR, le MR, le FPR et le PMSD. Ce qui fait trois partis de l’opposition, contre un au gouvernement. Il y a donc plus de pression. D’après ce que je vois, le parti au pouvoir est assez confiant, car il y a eu pas mal de développement ces derniers temps. Mais dans une élection, tout peut arriver.
Je peux dire également que l’entente avec le gouvernement national joue aussi un grand rôle. Le Premier ministre est venu en deux occasions à Rodrigues cette année, soit pour le lancement du câble et les consultations prébudgétaires, en février, et il est revenu en mars après le passage du cyclone. Cela a été très apprécié. Les Rodriguais disent qu’il marche sur les traces de son père, qui avait accordé l’autonomie à Rodrigues. Je crois que c’est une bonne chose pour l’île. Maintenant, ce qu’il faut, c’est que Rodrigues puisse décoller économiquement. Et puis, il y a aussi le gros problème de l’eau à résoudre. Le commissaire Nicholson Lisette semble avoir la volonté pour cela. On prône le dessalement de l’eau de mer. À mon avis, il faut aussi privilégier le captage d’eau de pluie.

Qu’en est-il au niveau du chômage, qui pousse beaucoup de Rodriguais vers Maurice ?
Les Rodriguais doivent pouvoir travailler partout. S’ils ont des possibilités ailleurs, pourquoi pas ? Mais pour ceux qui restent, il ne faut pas compter uniquement sur un travail dans le gouvernement. Nous avons beaucoup de jeunes qui terminent leurs études aujourd’hui et qui peuvent lancer de petites entreprises. Un jeune peut aujourd’hui être un entrepreneur agricole, avec des techniques scientifiques qu’il pourra développer grâce à ses études. Même pour le problème d’eau, peut-être qu’un jeune ayant fait des études dans ce domaine peut un jour proposer une solution.

Quelle est la situation dans l’île après le passage de deux cyclones en début d’année ?
Rodrigues se relève graduellement, après avoir été dévasté par ces cyclones. Il y a eu beaucoup de maisons et de plantations endommagées. Mais je dois dire que les Rodriguais sont courageux. Avec l’aide du gouvernement, ils ont tout recommencé à zéro. Certains n’ont même pas fait de déclaration en vue d’obtenir une compensation. Dès que le cyclone était parti, ceux qui étaient dans les centres de refuge sont rentrés chez eux et ont essayé de réparer leur maison. Les Rodriguais ne restent pas longtemps dans les centres de refuge. Ils préfèrent être chez eux. Nous sommes aussi reconnaissants envers les firmes et les organisations mauriciennes qui nous ont apporté leur soutien. Par exemple, le groupe Rogers a offert de nouvelles semences aux planteurs pour qu’ils puissent reprendre leurs activités. C’est quelque chose de positif, au lieu de toujours offrir des vivres. Cela permet aux planteurs d’être autonomes.

Comment les Rodriguais vivent-ils le retour du PMSD sur l’échiquier politique ?
Il y a un sentiment mitigé. D’une part, il y a des personnes qui ont vécu l’époque de Gaëtan Duval qui vous disent qu’il a abusé de la confiance des Rodriguais. Qu’il a promis des choses qu’il n’a pas faites. De l’autre, il y a des gens qui vous disent que c’est lui qui a commencé le développement communautaire à Rodrigues. Les gens sont un peu partagés. De manière générale, je dirai que la politique divise les Rodriguais. Il y a des frères qui ne se parlent plus parce qu’ils supportent deux partis différents. A ce sujet, je dirai que les politiciens donnent le mauvais exemple. Membres du gouvernement et de l’opposition sont toujours en train de se chamailler. Ceux qui les suivent en font de même.

Comment Rodrigues se prépare-t-elle à accueillir les Jeux des îles de l’océan Indien en juillet prochain ?
L’ambiance commence à monter. Il y a des mobilisations dans les écoles et les parents sont aussi appelés à y participer. Les compétitions de judo et de semi-marathon se tiendront dans l’île. Il y a beaucoup de présélectionnés rodriguais, de manière générale dans toutes les disciplines. Je peux dire que Rodrigues sera de la fête.