L’avocate Amal Clooney (à gauche) et Nadia Murad, devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, à New York

Les Nobel de la Paix 2018 congolais Denis Mukwege et yazidie Nadia Murad ont appelé mardi le Conseil de sécurité de l’ONU à ce que justice soit rendue aux victimes de violences sexuelles dans les conflits, objet d’une résolution adoptée après amputation de sa substance par les Etats- Unis et la Russie.

Au milieu d’un débat sur les violences faites aux femmes, un vote a été organisé sur ce texte après d’ultimes négociations ardues et de nouveaux retraits de mentions dans le texte. Treize pays ont voté en faveur du texte, la Russie et la Chine s’abstenant. Ces deux pays ont expliqué vouloir combattre les violences sexuelles dans les conflits mais dénoncé « des interprétations laxistes » dans le texte et une lutte « manipulée » pour arriver à créer de nouvelles structures onusiennes et « outrepasser » des mandats déjà approuvés. « Pas une seule personne n’a été traduite en justice pour esclavage sexuel », avait dénoncé au préalable Nadia Murad en évoquant sa communauté détruite par le groupe jihadiste Etat islamique en Irak et Syrie. « Les espoirs d’une génération entière ont été détruits », a-telle ajouté, évoquant un « échec collectif » de la communauté internationale.

« Nous prononçons des discours à l’ONU mais aucune mesure concrète ne suit » en matière de justice et « rien n’a été fait », a-t-elle insisté. « Qu’attend la communauté internationale pour rendre justice aux victimes », s’est aussi interrogé Denis Mukwege, en demandant l’établissement de tribunaux nationaux ou internationaux dédiés au jugement des coupables de violences sexuelles dans les conflits. Victimes yazidies Avocate de Nadia Murad et d’autres victimes yazidies, Amal Clooney a aussi déploré la faiblesse de la réponse internationale. Elle a accusé les Etats-Unis et la Russie de s’opposer à la création d’une justice internationale contre ces crimes. Sierra Leone, Cambodge, Rwanda, Bosnie, Nuremberg… Une justice a été rendue pour ces dossiers, a-t-elle rappelé au Conseil de sécurité en le mettant devant ses responsabilités. « Si nous n’agissons pas maintenant, il va être trop tard », a-t-elle dit, en évoquant la détention actuelle de milliers de combattants du groupe Etat islamique. « Nous faisons face à une épidémie de violences sexuelles » et « la justice est l’antidote », a insisté l’avocate.