Assemblée nationale | Budget Aftermath avec la réforme des pensions : Le PM prend fait et cause pour ses experts et confirme que le Means Test est Out

Le gel de l’introduction de la State Age Pension se traduit par un trou de Rs 6,2 milliards pour la période de janvier à juin 2027

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Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a défendu avec force la réforme des pensions et des experts chargés de l’élaborer. C’était lors des échanges sur la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Joe Lesjongard, hier. Tout en confirmant le gel du Means Test annoncé en début de semaine après la présentation du budget 2026-27, il s’est appesanti sur le caractère « inévitable » de la réforme, tout en dénonçant les attaques dirigées contre les membres de la Commission d’experts.

Face aux critiques suscitées par les mesures budgétaires relatives à la pension de retraite, Navin Ramgoolam soutient que « it is an undeniable fact that the BRP system in its current form has many flaws », soutenant que le régime actuel de la Basic Retirement Pension (BRP) présente des faiblesses structurelles qui compromettent sa viabilité à long terme. Il a dressé un tableau alarmant de l’évolution des dépenses liées à la pension universelle, passant de Rs 5,97 milliards en 2010 à quelque Rs 55 milliards en 2025-26 et susceptibles d’atteindre Rs 100 milliards en 2035.

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Le Leader of the House a également relevé que les dépenses liées à la BRP représentent désormais 8,1 % du PIB, un seuil que le Fonds monétaire international (FMI) ne prévoyait d’atteindre qu’en 2050. « Because of the irresponsible decisions taken by the previous Government, we have already crossed that level now », a-t-il déploré, estimant que Maurice a atteint ce niveau avec vingt-cinq ans d’avance sur les projections du FMI. Il a aussi fait état du phénomène du vieillissement rapide de la population.

Réforme incontournable

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Pour justifier la nécessité d’agir, Navin Ramgoolam avance que la question de la soutenabilité de la pension de vieillesse est débattue depuis plus de vingt ans. Il s’est appuyé sur des extraits des discours budgétaires de Paul Bérenger en 2003 et de Pravind Jugnauth en 2004, qui mettaient déjà en garde contre les risques financiers associés au système universel. « The situation is clearly beyond alarming and unsustainable », a-t-il martelé avant d’ajouter que « we therefore took the decision to restore the fairness and sustainability of the BRP system. »

Dans cette perspective, le gouvernement avait institué en septembre 2025 une commission d’experts chargée de revoir l’ensemble des piliers du système de retraite mauricien. Présidée par l’actuaire Nureshkumar Prayag, elle regroupe plusieurs spécialistes reconnus dans les domaines de l’actuariat, de l’économie et des statistiques. Il a révélé que le président de cette commission perçoit une allocation mensuelle de Rs 200 000, tandis que les autres membres reçoivent Rs 100 000 par mois.

Il a également rendu publics plusieurs éléments du rapport intérimaire de la Commission. Parmi les recommandations figuraient notamment la transformation de la Basic Retirement Pension en State Age Pension à partir du 1er janvier 2027 ainsi que l’introduction d’un Means Test basé sur les revenus imposables des bénéficiaires.

La Commission préconisait également une plus grande flexibilité dans l’âge de perception de la pension, entre 60 et 70 ans, avec une majoration de 9 % par année de report après 65 ans.

Le chef du gouvernement a confirmé que le Means Test, qui avait suscité une vive contestation dans l’opinion publique, a été gelé.

Cette décision aura toutefois un coût important. « Preliminary estimates indicate that the budget deficit would increase by around Rs 6.2 billion, that is 0.7 per cent of GDP », a-t-il précisé.

Malgré ce recul, Navin Ramgoolam a maintenu que la nécessité de réformer le système de pension demeure entière compte tenu des tendances démographiques et de l’évolution des dépenses. La partie la plus marquante de son intervention a sans doute été la défense appuyée des membres de la commission d’experts, vivement critiqués ces derniers jours. « I wish to place on record my deep appreciation to the members of the Commission of Experts », affirme-t-il en ajoutant que « the Commission comprises professionals who have excelled in their respective fields, not only locally but internationally.»

Visiblement irrité par les attaques visant ces spécialistes, Navin Ramgoolam a estimé que « it is totally unfair that they are being blamed for decisions announced in the Budget relating to pension reform ». Il a dénoncé des remarques « totally unacceptable and disparaging » formulées contre les membres de la commission et a laissé entendre que plusieurs d’entre eux avaient occupé des postes de haut niveau à l’étranger avant de choisir de rentrer à Maurice.

En dernière partie de sa réponse liminaire, Navin Ramgoolam a indiqué avoir été informé que tous les membres de la Commission envisageaient de démissionner à la suite des critiques dont ils ont fait l’objet. « I have been informed that all members of the Commission have intimated their intention to resign. I have made an appeal to them not to take this decision and to complete this important task that has been entrusted to them », a-t-il affirmé, tout en reiterant sa confiance envers son Chief Economic Adviser, le Financial Secretary ainsi que les équipes du ministère des Finances.

Lesjongard : Le Premier ministre a la mémoire courte. Il avait mené campagne contre le Means Test en 2004. Il a annoncé, lundi, avoir pris la décision de geler le Means Test. Peut-il nous dire pendant combien de temps le ciblage sera gelé ?

Ramgoolam: The Means Test is Out ! 

(Applaudissements de la majorité au sein de l’hémicycle)

Lesjongard : The whole population will be happy. Je renvoie le Premier ministre au paragraphe 302 du discours-budget, où il a déclaré qu’après de vastes consultations avec toutes les parties prenantes, l’introduction de la State Age Pension a été décidée. Puis-je demander si des consultations ont été menées avec les membres de son gouvernement concernant l’introduction de la SAP et, si non, pourquoi ?

NR:  The answer is yes.

JL : Peut-il déclarer si, lors de la réunion tenue à son bureau le 16 juin — en présence du ministre de la Sécurité sociale et d’autres hauts fonctionnaires —, il a assuré les personnes présentes qu’il n’y aurait aucune réduction de la pension versée aux citoyens âgés ?

NR : Non, je ne l’ai pas fait. Nous avons discuté des questions et des propositions qui étaient sur la table. Le ministre Subron, comme vous le savez, est un ministre très attentionné. Il voulait savoir qui serait affecté. Ce sont les données et tous ces aspects que nous avons examinés.

JL : Peut-il informer la Chambre de l’identité des membres de cette « clique non élue », dénoncée par le ministre de la Sécurité sociale lors de sa dernière conférence de presse le 22 juin, comme ayant une influence néfaste, une Evil Influence, sur les politiques du gouvernement concernant le budget?

NR : Voilà pourquoi si ce gouvernement devait revenir au pouvoir nous irions vers le malheur. Nous ne sommes pas des experts. Vous dites « non élus », mais où voulez-vous qu’on les trouve ? Ce sont des experts dans leurs domaines respectifs.

Ce sont des personnes, pour beaucoup d’entre elles, qui sont d’anciens lauréats — trois d’entre eux sont lauréats — des économistes, des statisticiens, des actuaires. Ils ont présenté leur rapport parce que nous avons besoin d’experts pour se pencher sur la question. Même votre leader a affirmé qu’il fallait réformer les pensions. Comment proposez-vous de réformer les pensions ? Devons-nous prendre des gens dans la rue et leur dire : Mo pran Prakash Maunthrooa, mo dir li vinn fer reform la. Nous prenons Hajee Abdoula, c’est cela que vous voulez que je fasse ?  Les experts ne décident pas des politiques. C’est nous qui décidons des politiques. Mais ils doivent présenter un rapport, et il nous incombe de voir si nous sommes d’accord ou pas. C’est exactement ce qui s’est produit.

Shirin Aumeeruddy-Cziffra : L’honorable Subron va s’exprimer dans un moment, veuillez patienter.

Une prise de bec entre la Speaker et une membre de l’opposition.

Speaker : Tout ce que je disais, c’est que le ministre Subron s’exprimera plus tard.

Membre de l’opposition :

Speaker : Et alors ? Si vous ne comprenez pas… C’est quelqu’un d’autre qui est assis et qui me parle tout le temps en position assise. Si vous ne comprenez pas, les gens qui m’écoutent comprendront.

JL : Veut-il nous faire croire que son ministre a eu des hallucinations olfactives concernant une « evil clique » lors d’une conférence publique ? S’il n’y a pas une telle clique, alors le ministre est grossièrement incompétent…

NR : Le ministre de la Sécurité sociale n’a jamais parlé de clique néfaste. Vous inventez encore, en lui mettant dans la bouche des mots qu’il n’a pas prononcés. Il n’a rien dit de tel  Demandez-lui. Demandez-lui, vous verrez.

JL : Peut-il informer la Chambre des raisons pour lesquelles il a fait machine arrière sur les mesures budgétaires relatives à la réforme des pensions, à la suite de la réunion du lundi 22, et ce moins de 72 heures après la présentation du budget.

NR : C’est ce qu’on appelle la démocratie et l’écoute de la voix du peuple. C’est ainsi que cela s’appelle.

JL : Ce n’est pas de l’écoute, c’est une retraite humiliante. Confirmera-t-il à la Chambre s’il compte retirer le projet de loi de finances (Appropriation Bill 2026-27), interrompre les débats en cours et revenir avec un nouveau projet de loi pour refléter les changements fondamentaux apportés aux estimations par le gel du ciblage des revenus (Means Test) ?

NR : C’est ce qu’on appelle de la démagogie. L’ensemble du budget est en réalité très bien accueilli par la population, à l’exception de cette réforme des pensions qui n’avait pas été bien comprise. C’est la seule chose que nous avons modifiée.

JL : Après avoir pris note du mécontentement au sein des rangs de son gouvernement et de la colère exprimée par la vaste majorité de la population, admettra-t-il enfin que cette réforme est une fraude électorale ? S’engagera-t-il à retirer la SAP et à rétablir la pension universelle de retraite de base ?

NR : C’est bien pour cela que je citais son propre leader. Qu’a-t-il dit à l’époque ? Et pourquoi a-t-il ensuite reculé ? À votre avis, pourquoi ?

JL:  Puis-je demander au Premier ministre s’il ne trouve pas cruel et cynique de demander à une personne âgée de choisir l’âge auquel elle préfère toucher la SAP pour ensuite percevoir un montant unique et fixe pour le reste de sa vie ?

NR : C’est pour cela que je disais plus tôt qu’il y a énormément de confusion. Les gens n’ont pas compris. Tout d’abord, il y a une différence fondamentale entre une pension contributive et une pension non-contributive. Nous sommes le seul pays au monde où l’âge légal de la retraite est de 65 ans alors que l’on commence à verser la pension à 60 ans.

Votre propre leader et l’ancien Premier ministre adjoint ont également affirmé — à juste titre — que ce système n’est pas viable (Unsustainable). Savez-vous ce que signifie le mot Unsustainable, ou dois-je apporter un dictionnaire pour vous?

La confusion réside dans la détermination du revenu net. Laissez-moi clarifier, puisque vous posez des questions mais ne voulez pas écouter les réponses. Je réponds pourtant à vos questions. Si vous ne voulez pas écouter, n’écoutez pas.

Quand nous avons parlé du ciblage des revenus (Means Testing) et du seuil de Rs 50 000, il y a eu un quiproquo entre ce qui constitue le revenu net mensuel et ce qui en est exclu. Le revenu net mensuel comprend :

• Les Emoluments (nets des revenus exonérés d’impôt).

• Le revenu net provenant d’une entreprise ou d’une profession.

• Le revenu locatif net (c’est-à-dire après déduction des dépenses encourues pour les réparations et l’entretien de la propriété).

• Les prestations de retraite contributives.

Les pensions non-contributives sont exclues, mais les gens ne l’ont pas compris. Que puis-je ?

JL : Soyons très précis. Si quelqu’un choisit d’opter pour la SAP à l’âge de 60 ans, l’allocation serait de Rs 11 598 par mois pour le reste de sa vie. Admettra-t-il qu’il s’agit d’une proposition malhonnête ?

NR : Ce que vous dites est factuellement faux. Le montant que vous citez est erroné.

JL : Pourtant, ce chiffre figure explicitement dans le document officiel qui a été distribué. Poursuivons : si une personne âgée est incitée à opter pour la SAP à 70 ans, elle recevra Rs 24 000 par mois pour le reste de sa vie. Confirmez-vous qu’il s’agit d’un piège, sachant qu’une telle personne âgée risque de mourir avant d’atteindre l’âge de 70 ans et de ne jamais toucher sa pension ?

NR : Une fois de plus, il a tout compris de travers. C’est bien pour cela que nous avons besoin d’experts. Vous devriez vous aussi consulter des experts, car manifestement vous ne comprenez pas. Ce qu’il avance est totalement faux.

Adrien Duval : On parle de démagogie, mais la vraie démagogie, n’est-ce pas celle-ci ? Les rapports du FMI datant de 2014 et 2015 évoquaient déjà la non-viabilité du système de pension. Malgré ces deux rapports, ce gouvernement avait promis de porter la pension à Rs 21 500 par mois et de supprimer la taxe sur le revenu pour les pensions. Et aujourd’hui, dans le dos de la population, et après avoir payé Rs 18 millions en termes de rémunération à une commission, le gouvernement ne trouve-t-il pas que c’est cela la vraie démagogie et de la trahison ? Je pose la question au Premier ministre.

NR : Cela ce n’est pas de la trahison. C’est vous qui changez de camp au milieu de la course parce que vous pensiez que le MSM allait remporter les élections. C’est cela la trahison. Ce discours est un mélange de démagogie, d’ignorance et de venin. Vous êtes en train de dire : Ne faites aucune réforme, laissez les choses en l’état. Vous voulez donc laisser le pays s’effondrer ? Vous ne serez plus là, mais les jeunes de ce pays n’auront plus de pension si nous ne réformons pas le système aujourd’hui. C’est vous qui faites de la démagogie électorale. Au lieu de gouverner pour le peuple, vous gouvernez pour vos propres intérêts.

JL : J’ai pris connaissance des documents distribués par le Premier ministre concernant les membres de la commission. Puis-je demander à l’honorable Premier ministre si une évaluation a été réalisée concernant les conflits d’intérêts potentiels des membres de cette commission, étant donné qu’ils sont tous issus du secteur privé ?

NR : Nous examinons ces aspects. Mais Maurice est un petit pays. Nous avons très peu d’experts dotés de telles compétences et capacités. Sinon, que faisons-nous ? Où allons-nous chercher ces experts ? Devons-nous faire venir des experts du Royaume-Uni comme auparavant ? Vous ne voulez pas que les Mauriciens travaillent ? Maintenant, vous voulez que des experts britanniques viennent nous dicter quoi faire de nos pensions ? Nous avons choisi de faire confiance à des Mauriciens ayant l’expertise requise.

Speaker (au PM) : Mais vous-même, ne pensez-vous pas qu’il existe un conflit d’intérêts ?

NR : Tout le monde a un conflit d’intérêts potentiel dans ce pays dès lors qu’il travaille dans un secteur donné. On en entend parler tous les jours. L’important est de recruter des experts capables de faire le travail, et c’est exactement ce que nous avons fait.

 

« The concern about the sustainability of the Old Age Pension is not something new. This has been talked about for more than two decades, but no one had the courage to bell the cat. » (Le Premier ministre en réponse au leader de l’opposition)

« I consider this totally unfair that  they are being blamed for decisions announced in the Budget relating to pension reform.  It is a matter of deep regret that some people both in this House and outside have made totally unacceptable and disparaging personal remarks on these professionals.  following the unwarranted and baseless comments made against them, all members of the Commission have intimated their intention to resign. » (Navin Ramgoolam au sujet de la commission des experts »

« Un budget aigre-doux . » (Francisco François, leader de l’OPR tenant entre ses mains un pot d’aigre-doux de Rodrigues)

« My PNQ is precise. I don’t have to hear about the past » (Joe Lesjongard protestant contre la teneur de la réponse du PM)

« Je sais que cela fait mal au leader de l’opposition d’entendre ce que son leader avait dit » (Le Premier ministre répliquant au leader de l’opposition)

« I will have to say what I have to say. You will have to bear with me » (Le Premier ministre lors de la PNQ sur la pension)

« Votre DPM peut vous confirmer ce que vous avez dit en 2004 » (Joe Lesjongard au sujet de la position du Means Test sur la pension de Navin Ramgoolam)

« The whole population will be happy when the Means Test is out » (Le leader de l’opposition)

« Mo pran Prakash Maunthrooa to the reform. Hajee Abdoula » (Navin Ramgoolam)

« This is not called listening. Ii is called humiliating retrieval. » (Joe Lesjongard)

« Ce qui nous unit c’est la cause rodriguaise. » (Le leader de l’OPR saluant la participation des parlementaires de Rodrigues)

« Vous voulez venir à ma place encore ? » (La Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra à Joanna Bérenger)

« This is a mixture of demagogy, ignorance and venom » (Navin Ramgoolam)

« Today, this parliamentary essence is compounding with the raw voices of citizens on social media to forge a radical, participatory democracy model. A new model of governance rooted in co-governance and co-creation is being born. It is a complex model, one that requires immense courage and wisdom to navigate and evolve alongside social contradictions. » (Ashok Subron, minuistre de la Sécurité sociale)

« It pointed toward pension cuts within six months. Many Mauritians, including ministers and members of this Assembly, immediately grasped the gravity of what was on the table. » (Ashok Subron)

« Do we realize – I’m saying this with all my heart- what it means structurally for a Minister who is constitutionally appointed and legally entrusted with the responsibility of the NPF, to suddenly learn that the NPF will be transformed into a National Pension Provident Fund? (Le ministre de la Sécurité sociale)

« Ne faisons pas comme l’opposition de manz banann dan de bout me ki manz banann de bout en bout » (Le ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden, en guise d’appel aux parlementaires)

« Je salue l’absence du leader de l’opposition. Il m’a demandé des renseignements sur le LNG. Je vais lui répondre devant son siège vide dans l’hémicycle » (Le ministre Assirvaden)

« Je vais leur dire non pas de read my lips mais de read my smile » (Dhaneshwar Damry, Junior Minister aux Finances)

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