Le député de la circonscription n°21 (Rodrigues), Jacques Édouard, a déclaré que la violence domestique ne constitue pas seulement un drame intime. « À Rodrigues, où le tissu économique est plus fragile, lorsqu’une femme est victime de violence, c’est toute la microéconomie locale qui vacille. Qu’elle soit agricultrice, artisane ou employée dans l’administration, l’absentéisme lié au traumatisme se traduit par une perte de revenus immédiate pour sa famille », a-t-il affirmé.
Le député a indiqué que le rapport de Gender Links révèle que moins de 1% des victimes osent porter plainte à Rodrigues, par peur de la stigmatisation sociale au sein des petites communautés. « Ce silence forcé pousse des mères de famille à fuir leur foyer sans aucune ressource, plongeant leurs enfants dans un piège de pauvreté que l’Assemblée régionale de Rodrigues doit ensuite tenter d’atténuer à travers des aides sociales », a-t-il ajouté.
Jacques Édouard a également fait ressortir que l’absence d’infrastructures médicales hautement spécialisées et de centres de prise en charge psychologique à Rodrigues oblige parfois les victimes à être transférées à Maurice. « Ces transferts sont lourds, coûteux et représentent un fardeau financier insoutenable pour les familles comme pour l’État. »
Selon lui, « une loi ne vaut que par son application sur l’ensemble du territoire de la République ». Il estime que l’introduction de la compétence universelle dans ce projet de loi constitue une véritable avancée pour Rodrigues. « Il serait peut-être opportun de le préciser à la section 2 du projet de loi en remplaçant le terme Mauritius par Republic of Mauritius », a-t-il dit.
Le député a également évoqué deux défis majeurs auxquels Rodrigues est confrontée. « Le projet de loi donne la priorité aux Occupation Orders, obligeant les agresseurs à quitter le domicile. Mais, en cas d’urgence absolue, où vont les victimes ? À Maurice, il existe un réseau de bureaux de soutien aux familles. À Rodrigues, l’essentiel de la prise en charge repose sur l’unique Integrated Family Centre de Malabar, géré par l’Assemblée régionale de Rodrigues. Rodrigues souffre d’un manque criant de refuges d’État sécurisés », a-t-il dit.
Jacques Édouard a insisté sur la nécessité d’adapter la formation des forces de l’ordre aux réalités rodriguaises. « Nous ne pouvons pas calquer la formation des forces de l’ordre sur un modèle purement mauricien. Les officiers de la Family Protection Unit basés à Rodrigues évoluent dans des communautés où les liens de proximité sont très forts. Ils doivent impérativement bénéficier d’une formation intensive adaptée à ces réalités. Je demande au gouvernement d’allouer un budget spécifique à l’Assemblée régionale de Rodrigues afin de garantir une mise en œuvre efficace de cette loi », a-t-il soutenu.

