Décidément, l’industrie des affaires et scandales se porte bien à Maurice ! Les remous provoqués par la rencontre entre Roshi Badhain et Navin Ramgoolam étaient à peine retombés qu’une nouvelle affaire éclatait. Plus précisément des détails et des révélations sur une vieille affaire que l’on croyait enterrée : celle de la somme qu’aurait déboursée l’homme d’affaires malgache Mamy Ravatomanga pour faire atterrir son avion privé à Maurice en octobre 2025, sans aucun problème. C’est en tout cas la version qu’on avait vendu à l’homme d’affaires malgache, mais qui ne s’est pas concrétisée puisqu’il a été arrêté et est encore en détention à la prison de Melrose. Où, la semaine dernière, ses avocats ont dû faire appel à la Cour suprême pour pouvoir le rencontrer, ce que refusait le Commissaire des prisons. Vieille affaire puisqu’à l’époque de l’arrestation, des rumeurs avaient circulé sur le montant de la somme réclamée à l’homme d’affaires malgache : Rs 350 millions. Somme qui lui aurait été réclamée pour un transit qui s’est transformé en détention longue durée. Si la rumeur est vieille mais pratiquement la même, on en sait un peu plus sur les bénéficiaires supposé. C’est ce qu’on a pu entendre dans l’enregistrement d’une conversation téléphonique, dont un extrait a été diffusé au meeting du MSM de vendredi dernier et qui, depuis, fait le buzz sur les réseaux sociaux. L’on entend deux voix d’hommes discuter de la répartition de la somme réclamée à l’homme d’affaires malgache, la plus grosse devant revenir à un docteur et le reste partagé entre les deux interlocuteurs qui parlent de millions comme le mauricien lambda de pièces de dix roupies. Selon différentes sources, l’une de ces voix appartiendrait à quelqu’un que l’on qualifierait de « yeux et la bouche du premier ministre » qui s’occuperait aussi d’importation et de vente de poissons. Le plus amusant de cette histoire, si l’on peut dire, c’est que le diffuseur de l’enregistrement est le même qui demande que l’on ne tienne pas compte de ceux de Missié Moustass qui le mettent en cause.
Les révélations enregistrées de cette affaire de Rs 350 millions sont, en quelque sorte, corroborées par un affidavit juré par un ancien proche du Premier ministre. Qui, selon ses dires, est passé du statut de dénonciateur à celui de complice et a même été qualifié publiquement de menteur par le Premier ministre. Il avait voulu alerter le chef du gouvernement sur les agissements d’un réseau de trafic d’influence et d’extorsion de fonds qui aurait utilisé l’homme d’affaires malgache comme « une vache à lait ». Le PM, qui n’était pas disponible, l’avait renvoyé au Secrétaire du Cabinet à qui le lanceur d’alerte déclaré avait tout raconté. Mais à sa grande surprise, ce dernier n’avait pas donné suite, aucune enquête n’avait été ouverte, et l’affaire avait été enterrée. C’est ce silence (complice ?) qui aurait incité le lanceur d’alerte à jurer, ces jours-ci, un affidavit racontant la chronologie des évènements auquel il a joint une clé USB contenant des fichiers audio-visuels. Une copie de l’affidavit et de la clé USB ont aussi été remis à la FCC où une plainte a été déposée. Espérons que cette institution – dont le directeur général vient de tenir une conférence de presse truffée de citations de films d’action comme « non retreat, no surrender » – ne confiera pas ces documents à un de ses officiers qui pourrait les oublier, comme il avait oublié son carnet de notes lors d’une descente des lieux. Certains soupçonneux ont insinué que le timing de la diffusion de l’enregistrement et la publication de l’affidavit, accompagné de plaintes à la FCC pourraient laisser suspecter une grosse opération de communication orange, d’autant plus que la FCC a convoqué le leader du MSM pour lundi. Cet élément de doute pourrait être renforcé par le fait que l’avocat du plaignant est un habitué des coups médiatiques qui n’ont pas forcément de suites. Mais qu’importe les dernières révélations, l’affaire Mamy Ravatomanga mérite qu’une enquête soit ouverte – sans durer aussi longtemps que l’actuelle – pour permettre au Mauricien de découvrir si son pays et les plus hautes sphères du gouvernement fonctionnent comme un État mafieux où tout s’achète, tout se vend et où tout se dissimule pour quelques centaines de millions de roupies. La non nomination d’une vraie commission d’enquête sera la réponse à la question posée.
Jean-Claude Antoine
PS : Celui qui se présente comme le meilleur Président autoproclamé des États Unis – pays qui s’est longtemps considéré comme le modèle de la démocratie – vient de promettre de donner 5,000 dollars à chaque Américain si son parti, les Républicains, remporte les élections du mid term. En ce faisant, les États-Unis et son Président viennent de donner au monde le meilleur exemple de ce qu’est un bribe électoral.

