Au cours d’une conférence de presse tenue samedi, le dirigeant du Fron Militan Progresis, Paul Bérenger, a dressé un tableau sombre de l’évolution de l’inflation et de la hausse des prix à Maurice, estimant que « dans les jours à venir, la situation continuera à empirer ». S’appuyant sur les récentes décisions de la Banque de Maurice, il a affirmé que la hausse continue du coût de la vie exige des mesures immédiates de la part du gouvernement.
D’après lui, le gouvernement donne l’impression qu’aucune action n’est possible sous prétexte que l’inflation serait essentiellement importée. « C’est faux », a soutenu Paul Bérenger, qui estime qu’il existe également « une inflation fabriquée localement » à travers certaines décisions gouvernementales ou l’absence d’initiatives pour protéger les consommateurs.
Il a ainsi proposé quatre mesures principales afin de freiner l’inflation et alléger le coût de la vie. La première concerne la réduction des taxes sur les produits pétroliers importés, notamment la TVA et certaines taxes à l’importation. Il a soutenu que la marge de manœuvre budgétaire de l’État s’est améliorée et qu’un effort doit désormais être consenti afin de diminuer la pression fiscale sur les carburants.
Paul Bérenger a également plaidé pour une baisse plus générale de la fiscalité indirecte, incluant l’Excise Duty et diverses taxes à l’importation. « Ena tax pou tou kalite kiksoz », a-t-il déclaré, estimant que cette multiplication des prélèvements génère des effets inflationnistes et freine le développement économique. Il a aussi souhaité une révision des prélèvements appliqués au prix de l’essence.
Deuxième axe avancé : une lutte plus ferme contre les monopoles et les cartels. Le dirigeant du FMP a mis en exergue que le gouvernement avait instauré un Price Stabilisation Fund pour limiter certaines augmentations de prix, mais estime que davantage doit être fait afin de contrer les abus de position dominante sur le marché local.
Il s’est montré particulièrement critique à l’encontre de la création récente d’un comité interministériel, présidé par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et qui est chargé d’examiner la question des prix et des situations monopolistiques. D’après lui, cette initiative constitue « un certificat d’incompétence » pour la Competition Commission qui existe déjà pour traiter ces questions.
Paul Bérenger estime que le gouvernement aurait plutôt dû amender la loi afin d’accroître les pouvoirs de cette institution, remplacer son président, Jim Seetaram, et donner davantage de moyens en termes de personnel à la Commission pour agir contre les commerçants abusant de la situation.
Troisième mesure proposée : la poursuite des efforts visant à stabiliser la roupie. Paul Bérenger a reconnu que la dépréciation de la monnaie nationale a ralenti depuis les dernières élections, mais il estime qu’une vigilance constante demeure nécessaire. Il a appelé la Banque de Maurice à jouer pleinement son rôle afin d’éviter toute nouvelle chute de la roupie – qui alimenterait davantage l’inflation.
Le quatrième volet concerne la sécurité alimentaire et énergétique.
Le leader du FMP est revenu sur la nécessité d’accélérer la production agricole locale afin de réduire la dépendance du pays aux importations. Il a également plaidé pour une utilisation accrue des énergies renouvelables et des systèmes de stockage par batteries, tout en reconnaissant que le Central Electricity Board a déjà entrepris certaines initiatives dans ce domaine. « Il faut aller plus vite », a-t-il lancé.
Sur le plan budgétaire, Paul Bérenger estime que le prochain exercice doit être l’occasion d’engager une réforme en profondeur du système de pension et de la pension de vieillesse.
Interrogé sur la disparition alléguée de Rs 25 milliards dans des banques, le dirigeant du FMP a déclaré que la situation « n’est pas claire » et a demandé que tous les détails soient rendus publics.
Paul Bérenger s’est aussi exprimé sur le projet de réforme constitutionnelle actuellement en préparation. S’il reconnaît l’importance du texte, il estime toutefois que celui-ci se limite essentiellement à la mise sur pied d’une commission. Il s’est dit insatisfait de la liste des points que cette commission devra examiner et a averti contre le risque de « beaucoup de bla-bla » à l’approche du budget et des prochaines élections. D’après lui, les débats pourraient s’éterniser sans déboucher sur des réformes concrètes.

