TOUR D’HORIZON : Dans l’attente du budget 2026-27

Alors que le coup d’envoi de la Coupe du monde de football a été donné, jeudi, pour le plus grand plaisir des amateurs du ballon rond et que la guerre entre les États-Unis et l’Iran – que certains annonçaient sur le déclin – continue de plus belle, Maurice s’apprête à vivre un moment crucial le 19 juin prochain avec la présentation du budget 2026-27. L’attente est immense, comme chaque année, mais le Premier ministre et ministre des Finances a déjà pris les devants pour tempérer les ardeurs, martelant qu’il ne détient pas de bâton magique pour exaucer tous les vœux.
Il a toutefois esquissé la philosophie de cet exercice attendu avec impatience par tous. Ainsi, a-t-il précisé, le budget reposera sur quatre piliers, à savoir la responsabilité, la solidarité, l’efficacité économique et la justice sociale. Par la responsabilité, il entend une gestion rigoureuse des finances publiques pour assurer la pérennité du pays face aux chocs exogènes. La solidarité, elle, se traduit par un filet de sécurité renforcé pour les plus vulnérables, condition sine qua non de la cohésion nationale. L’efficacité économique vise à fluidifier l’environnement des affaires pour stimuler l’investissement privé, tandis que la justice sociale cherche à redistribuer les fruits de la croissance de manière plus équitable, protégeant ainsi le pouvoir d’achat sans bloquer les rouages de la machine productive. Si des institutions comme le Fonds monétaire international (FMI) et Moody’s reconnaissent la résilience de notre pays, le défi reste immense pour concilier ces objectifs tout en redressant la situation pour les générations futures. En vérité, on ne devrait pas attendre des mesures fracassantes du budget.
Cette actualité économique est bousculée par un événement judiciaire majeur : le Permanent Stay of Proceedings ordonné cette semaine par la Cour intermédiaire dans l’affaire des coffres-forts. Après dix ans de procédure autour des Rs 200 millions retrouvées dans les coffres-forts dans la cour de la résidence de Navin Ramgoolam au lendemain des élections de 2014, ce Ruling vient clore un chapitre épineux, mais donne lieu à des débats sur l’indépendance de notre système judiciaire. Au même moment, les sondages d’Afrobarometer soulignent un effritement inquiétant de la confiance des Mauriciens en cette institution.
Navin Ramgoolam a accueilli cette décision de la Cour avec soulagement. Il aura vécu cette affaire de manière stoïque, d’autant qu’il n’a pas été autorisé à quitter le pays pendant près de dix ans, sauf pour se faire soigner de la Covid en Inde. Le DPP a annoncé qu’il compte faire appel contre la décision du tribunal.
La bonne nouvelle, cette semaine, est venue de l’Union européenne avec la conclusion, à Balaclava, des discussions pour un Accord de partenariat économique approfondi avec les pays de l’AfOA. Cet accord marque une avancée technique majeure prenant en compte que l’Union européenne constitue le principal marché de Maurice. Au-delà de la suppression des droits de douane sur les biens, il intègre un chapitre substantiel sur les services et les investissements. Comme l’a souligné le ministre des Affaires étrangères, Ritesh Ramful, nos entreprises locales, en particulier le textile et l’industrie thonière, connaitront un nouvel élan avec la levée des barrières non tarifaires et une harmonisation des normes et des règles d’origine facilitant ainsi l’accès aux marchés européens pour nos prestataires de services, qu’ils soient dans la finance, les TIC ou le conseil. En offrant un cadre juridique sécurisé et prévisible, ce traité permet aux opérateurs mauriciens de s’insérer plus efficacement dans les chaînes de valeur européennes, tout en bénéficiant de protections renforcées en matière de propriété intellectuelle.
Enfin, sur le dossier des Chagos, alors que la mission menée par Olivier Bancoult s’est soldée par un succès, le calme a dû être rétabli par Ritesh Ramful face à une rumeur persistante, relayée par The Telegraph, prêtant à Donald Trump l’intention d’acheter l’archipel ; une allégation balayée d’un revers de main comme étant une « fake news ». Entre les ambitions budgétaires, les tensions géopolitiques et les soubresauts de l’actualité judiciaire, Maurice navigue sur une mer agitée où le pragmatisme et la vigilance seront les seules boussoles pour maintenir le cap vers le redressement économique.
Le nouveau gouvernement à son arrivée au pouvoir s’était donné trois ans pour redresser la situation économique du pays, en partant d’un héritage jugé catastrophique par ses membres. À l’heure du bilan, la question se pose avec acuité : pourra-t-il tenir sa promesse, malgré les effets néfastes et persistants de la guerre en Iran sur l’économie nationale ? Plus que jamais, la capacité de l’exécutif à manœuvrer entre les impératifs de rigueur et les attentes sociales définira la réussite de ce mandat et l’avenir immédiat du pays.

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Jean Marc Pochéj

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