Humeur : Government by trial and error…

On a cru que pendant leur long passage dans l’opposition, les partis de l’Alliance du Changement avaient pris le temps de se pencher sur les problèmes de tous ordres qui affectent et ralentissent le développement du pays, de procéder à une réflexion en profondeur, avant d’identifier les solutions pour les régler. On a cru que cette Alliance avait eu le temps d’analyser ces solutions et leurs mises en application, avant de les intégrer dans leur programme électoral et gouvernemental.

- Publicité -

On a cru que chaque proposition de ce programme, qui prit du temps pour être publié, était le résumé d’une réflexion avec une solution. Est-ce qu’excédé par les excès du gouvernement MSM et alliés, on a voulu croire dans le programme gouvernemental de l’Alliance du Changement sans regarder au-delà des slogans qui sonnent bien ? C’est la question qui se pose aujourd’hui, à peine un an et demi après les élections. Le programme gouvernemental n’était qu’une liste de slogans séduisants ne reposant sur aucune réflexion, encore moins sur des remises en cause fondamentales avec des solutions à la clé. L’Alliance avait demandé un mandat clair pour pouvoir appliquer son programme, qui devait marquer une rupture nette avec les pratiques du passé. Les Mauriciens lui ont offert un soixante-zéro pour le faire. Un an et demi après, on est obligé de se rendre compte que le changement promis n’est, en fait, que la continuité de ce qui était pratiqué avant. Là où on attendait de la détermination et des décisions rapides, il n’y eut que de longues hésitations dénotant une impréparation et une improvisation surprenantes. Pour justifier ce degré d’incompétence et d’inexpérience, le gouvernement répéta que tout cela était de la faute du précédent gouvernement qui avait vidé les caisses de l’État, tout en pratiquant la même politique. Les nominations des membres de la famille, des petits copains et des agents, auxquelles le MMM participa, fut l’illustration de cette continuité dénoncée, mais toujours pratiquée. Dernier exemple en date, les nominations de la semaine qui démontre que Navin Ramgoolam continue à s’entourer des membres de sa vieille garde, même si leurs conseils sont une des raisons de sa cuisante défaite électorale de 2014.

Plus ça va, plus le manque de préparation et de cohérence de l’Alliance se révèle au grand jour. Elle nous avait promis un programme, mais on voit surtout un gouvernement qui gouverne by trial and error, comme le démontrent ses décisions et ses backpedalling des dernières semaines. Il a été annoncé vendredi que le gouvernement amendera les règlements, afin que la Beach Authority puisse déléguer ses pouvoirs à des individus et des institutions pour le management des plages publiques. C’est après avoir essuyé des refus catégoriques de la Beach Authority que Percy Yip Tong a dû entreprendre des travaux – à ses risques et à ses frais – pour essayer éviter la catastrophe écologique qui a fait perdre à Tamarin plus de cent mètres de plage. Un acte de citoyen responsable qui lui a valu des menaces d’arrestation et des accusations mensongères. Cette semaine encore, on a eu l’occasion d’assister à un autre spectaculaire backpedalling gouvernemental. En début de semaine, le ministre des Transports annonce triomphalement l’interdiction de l’utilisation du téléphone portable en voiture, y compris le système de téléphonie intégré, pour réduire le nombre d’accidents de la route. Face à la levée de boucliers d’automobilistes qui demandent si pour pousser jusqu’au bout la logique de cette interdiction, il ne faudrait pas interdire carrément l’importation de voitures avec système de téléphone intégré, le gouvernement est revenu sur cette décision. En admettant qu’elle a provoqué une « misapprehension » de la part du public, qui sera revue « to clear any possible confusion » et que l’usage des hand free sera autorisé. Encore un backpedalling qui aurait pu avoir été évité si, avant d’être annoncée, la décision avait été étudiée avec ses éventuelles retombées négatives.

Mais à quoi servent les conseillers et attachés de presse ministériels s’ils ne mettent pas en garde leurs ministres contre des décisions irréfléchies, défiant toute logique, qui feront d’eux des sujets de moquerie sur les réseaux sociaux ? Il faut aussi se demander si aucun des 25 ministres ne s’est rendu compte de l’absurdité de cette mesure et de ses répercussions lorsqu’elle a été présentée, avant d’être agréée par le Cabinet. Aucun de ces ministres, grands utilisateurs de téléphones portables, avec ou sans système intégré, dans leurs grosses cylindrées, n’a mesuré l’impact négatif de cette décision ?
Le plus surprenant est qu’avec cette suite de mauvaises décisions et de backpedalling, les élus de l’Alliance du Changement ne comprennent pas pourquoi un an et demi après les élections, les Mauriciens commencent sérieusement à regretter d’avoir voté massivement pour eux.

Jean-Claude Antoine

- Publicité -
EN CONTINU
éditions numériques