Maurice accueille à partir d’aujourd’hui le président de la République du Mozambique, Filipe Jacinto Nyusi, qui sera l’invité d’honneur du gouvernement mauricien à l’occasion de la célébration du 184e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Le président sera accompagné de son épouse et d’une délégation de quelque 36 membres, dont quatre ministres, des parlementaires et des journalistes. Au vu de son programme et ses visites, la délégation présidentielle aura un séjour très chargé, avec un intérêt particulier pour la coopération dans le domaine économique et celui de l’investissement.

Comme devait le souligner le Premier ministre, Pravind Jugnauth, lors de sa conférence de presse hier après-midi, plusieurs protocoles d’accord bilatéraux seront signés durant cette visite touchant le secteur touristique et de l’environnement. Un accord sera ainsi conclu entre l’Economic Development Board (EDB) et l’agence pour la promotion des investissements du Mozambique. On s’attend à ce qu’une plateforme bilatérale soit créée pour suivre les relations bilatérales et pour intervenir afin de régler tout problème qui pourrait surgir.

La visite du président mozambicain est accueillie chaleureusement à Maurice dans tous les milieux politiques. En premier lieu parce que le Mozambique est un des principaux pays de peuplement de Maurice avec la Chine, l’Inde, la France et Madagascar. « Nos relations communes sont ancrées dans la souffrance et l’agonie de la traite humaine et de l’esclavage », souligne un diplomate mauricien.

Pour Arvin Boolell, qui s’est rendu à plusieurs reprises au Mozambique alors qu’il occupait les fonctions de ministre de l’Agriculture et de ministre des Affaires étrangères, observe que lors des conférences internationales, dont celles organisées par l’Union africaine, les représentants mozambicains et mauriciens sont toujours assis côte à côte, « ce qui a permis de développer une synergie entre nous sur les grandes questions internationales, notamment durant la Conférence mondiale de Durban contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, en septembre 2001 ». Mais ces relations, précise-t-il, sont beaucoup plus profondes « parce qu’elles sont ancrées dans la souffrance, le sacrifice de l’esclavage et le pardon ».

Arvin Boolell poursuit : « Nous avons des relations diplomatiques et économiques avec ce pays. Nous disposons d’une mission diplomatique à Maputo. Nous avons des relations économiques dans le cadre de l’Union africaine et de la SADC. Le Mozambique a toujours été sensible aux demandes des entrepreneurs mauriciens. Pendant plusieurs années, nous avions aidé les autorités aéroportuaires mozambicaines au niveau de la manutention à l’aéroport. La MCB a aussi une branche dans ce pays. Sans compter que Maurice a été liée pendant longtemps au Mozambique à travers l’industrie sucrière. Les opérateurs mauriciens ont aidé à développer ce secteur à Marromeu avant que l’entreprise sucrière soit achetée par Tereos. De nombreux Mauriciens se sont installés dans ce pays et le potentiel en matière de coopération est grand. »

Le leader du MMM rappelait lui aussi, lors de sa dernière conférence de presse, les relations étroites qui lient Maurice au Mozambique, qui est un pays de peuplement. Une grande partie des esclaves qui sont arrivés à Maurice proviennent en effet de ce pays. Il a rappelé qu’alors qu’il était Premier ministre, il s’était fait un devoir de visiter ce pays. Alain Laridon, qui a résidé pendant sept ans à Maputo, dont six comme ambassadeur de Maurice auprès de ce pays, rappelle également la contribution des esclaves mozambicains dans le développement économique du pays, notamment pour le transport du sucre dans la région portuaire en tant que dockers. « Ils ont joué un rôle crucial à ce niveau pendant des décennies pour le développement économique du pays, qui reposait sur l’exportation sucrière. » Il souligne également l’engagement joué par Maurice dans le développement de l’industrie sucrière mozambicaine bien avant l’accession du pays à l’indépendance. Il se souvient aussi que les deux noms mauriciens les plus connus à Maputo sont ceux de Paul Bérenger et de sir Seewoosagur Ramgoolam. Ce dernier avait pour rappel ouvert le pays vers le continent africain en accueillant le sommet de l’Organisation africaine aux Mahatma Gandhi Institute à Maurice et entretenait de bonnes relations avec un des pères de l’indépendance du Mozambique, Samora Machel, et Chisana alors que le MMM, de son côté, avait développé des relations avec le Frelimo, le mouvement de libération du Mozambique.

Alain Laridon souligne que le Mozambique a joué « un rôle de premier plan dans la libération de l’Afrique du Sud de l’apartheid et du Zimbabwe du racisme ». Les leaders de ces pays engagés dans les mouvements de libération s’étaient en outre réfugiés dans ce pays. Plus tard, Nelson Mandela a épousé la veuve de Samora Machel. Gracia Machel a d’ailleurs apporté une contribution majeure dans le développement du Mozambique. « Ce pays, en raison de ses quatre ports qui donnent sur l’océan indien, est aujourd’hui la porte d’entrée pour les pays enclavés d’Afrique australe », observe l’ancien diplomate, qui souligne également l’importance de la langue portugaise, parlée non seulement au Mozambique, mais aussi en Angola et, surtout, au Brésil. « Cette langue aurait dû être enseignée à l’université », considère-t-il.

Les liens historiques de Maurice avec le Mozambique sont aussi soulignés par Jean Claude de l’Estrac dans son livre Mauriciens enfants de milles races. « C’est de chez les Makwa-Lomwé, dans l’immense pays du Mozambique, au nord du fleuve Zambèze, que viendront le plus grand nombre d’esclaves d’Afrique de l’Est », écrit-il. Il rappelle aussi que « les premiers esclaves mozambicains débarqués à Maurice font forte impression » et cite un gouverneur français qui affirmait alors : « Il n’y a que les esclaves de la côte du Mozambique qui conviennent; Ils sont bien faits, forts, laborieux, obéissants et sans envie de déserter… »

Les premiers esclaves mozambicains à débarquer à Maurice sont en fait des survivants. « L’exportation (des esclaves) commence vraiment en 1734 lorsque le Vierge de Grâce débarque à l’Isle de France (…) Il y a 147 esclaves qui ont survécu à la traversée, entassés dans les cales du navire, alors que 221 autres ont péri », souligne Jean Claude de l’Estrac, qui poursuit que le trafic entre l’Isle de France et le Mozambique s’est développé surtout sous l’impulsion de Labourdonnais.

Aujourd’hui, parmi les entreprises les plus connues qui se sont installées au Mozambique se trouve Innodis, premier groupe avicole étranger à investir au Mozambique en montant de toutes pièces une filière “poulets” avec des fermes d’élevage et un abattoir à 40 kms de la capitale, Maputo. Dans son unité, située à Boane, elle produit quelque 40 000 à 50 000 poulets par semaine, dont 25 000 sont produits dans ses propres fermes d’élevage. L’autre partie vient des producteurs locaux de poulets. Les poulets de la marque HUKU sont utilisés par toutes les unités de KFC à Maputo et sont également vendus comme poulets surgelés dans la capitale mozambicaine.

La visite du président Filipe Jacento Nyusi devrait relancer la coopération entre nos deux pays, qui a connu des hauts et des bas. Raison pour laquelle, en plus de la partie officielle, marquée par la cérémonie du dépôt de gerbes au Morne, son programme comprend des visites chez Omnicane pour le sucre et à la CMT pour le textile, ainsi qu’une présentation du secteur financier mauricien à Ébène. Le président mozambicain visitera également Envaste Ltd/Natec Medical Ltd.

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