Rencontre – A Tana en marge des JIOI : Jimmy, le discret artisan

Trente ans qu’il a quitté les champs pour se tourner vers le bois. De ses habiles mains témoignant de l’usure du temps et de la passion qui l’anime, le fébrile artisan s’exerce malgré le poids des 70 années lui courbant le dos.

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Il compose le paysage d’une artère animée menant à l’avenue de l’indépendance depuis 15 ans. Devant l’hôtel Sakamanga, sa frêle silhouette s’évertue quotidiennement à créer des œuvres uniques, qui prennent vie entre ses mains usées d’artisan. Rencontré en 2019, Jimmy le sculpteur se présente toujours à son atelier de rue, recroquevillé sur une pierre qui lui sert de chaise. En ce mardi, ces doigts scient patiemment dans le bois une lance qui accompagnera la figurine d’un guerrier, qu’un client lui a commandé.

« Je fais ce métier depuis trente ans », murmure-t-il, le regard baissé vers ses créations. Des visages, des masques interpellants, des totems charriant un mysticisme, des corps entremêlés, des animaux divers… tous taillés dans le bois. Qu’il dispose une à une cérémonieusement chaque matin sur des étagères accrochées à un mur de cette artère bondée. Avant de les replacer péniblement dans de larges sacs en jute une fois les lueurs du soleil dissipées.

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« La vie est difficile à Madagascar », confie-t-il, le regard soutenant ses paroles dures de vérité. Depuis quinze années, Jimmy voit défiler dans cette rue des Malgaches pressés, des touristes de différentes nationalités, côtoyant des vendeurs de rue aux habitudes commerciales poussives. Lui n’en fait pas partie. Installé à l’ombre d’une branche, il s’exerce toute la journée, ne s’arrêtant que pour assister ceux qui décèlent en ses œuvres des années d’un apprentissage constant. « J’ai appris à travailler le bois par moi-même il y a une trentaine d’années », relate l’ancien agriculteur, en délaissant pour quelque temps le bois de palissade qu’il tenait entre les mains.

Né à Tana il y a 70 ans, il importe ses matières premières depuis des commerçants venus des terres éloignées de la province. Deux jours de travail lui sont nécessaires pour créer et peaufiner les figurines revendues à partir de 20 000 Ariary environ (Rs 200). « Ici, ce n’est pas comme dans les magasins. Nous pouvons discuter du prix », souligne ce père de six enfants.

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Bien qu’il persiste à vendre ses propres créations, la compétition s’avère rude face aux statuettes en bois produites à grande échelle, de manière commerciale. Et revendues comme des articles artisanaux. Des fois, quelques clients lui permettent « le luxe » de s’acheter du zébu. Sinon, « au petit déjeuner et au dîner, je ne mange que du riz et des légumes, comme de la carotte et des pommes de terre ». Le café, le poulet et le poisson ne se consomment que rarement. « Je n’en ai pas les moyens », concède-t-il.

À quelques pas, l’un de ses fils, âgé de 38 ans, brade de multiples pierres, installées sur une étagère adjacente. Pour 8 000 (Rs 80) à 20 000 Ariary, le quartz et le cristal, entre autres, lui donnent la capacité monétaire d’acheter du zébu. La précieuse viande qui « coûte cher le kilo » se consomme au moins une fois par semaine avec ses trois enfants et son épouse. Histoire de casser la monotonie du vary, des légumes et des haricots. « Au déjeuner, parfois je m’achète des pâtes à 1 500 Ariary si j’ai de l’argent. Mais c’est compliqué parce que les affaires ne marchent pas ». Dans ce cas, fait-il comprendre, son ventre reste vide jusqu’à la nuit tombée.

« Vous souhaitez nous acheter un petit quelque chose ? », demande une nouvelle fois le fils, sous l’œil muet de son père. Aux alentours de prestigieux hôtels, Jimmy l’artisan tras discrètement.

Les photographes de rue
Sur l’avenue de l’Indépendance, ils arpentent la large esplanade sur laquelle défilent quotidiennement des milliers de passants. Leurs appareils photo pendant au cou, ces photographes proposent de capturer et imprimer un cliché de quiconque souhaiterait leur remettre « 2 000 Ariary », soit environ Rs 20. Paulin et son acolyte se présentent ainsi aux particuliers, leur tendant leurs cartes de visite, dans l’espoir de retenir leur attention. « La concurrence est de plus en plus rude avec les téléphones portables », regrette-t-il. Malgré tout, les deux compères, par passion, traverse l’avenue de l’Indépendance avec leurs appareils photo bien en vue, malgré la présence soutenue d’une multitude de pickpockets dans les environs.

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